Sunday, September 16, 2018
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Category: All

16
September 2018
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  Exposition "Picasso et la danse"
Location:
Palais Garnier
Opéra national de Paris / Opéra Garnier
place de l'Opéra
8, rue Scribe
75009 Paris
M° Opéra, RER A Auber
France
Internet Site : www.operadeparis.fr
Description:
Bibliothèque-musée de l'Opéra, Palais Garnier
Entrée à l'angle des rues Scribe et Auber, Paris 9e

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"

Du 19 juin au 16 septembre 2018
Tous les jours 10h > 17h

Tarifs de visite
Plein tarif : 12 € - Tarif réduit : 8 €
Entrée gratuite pour les moins de 12 ans, personnes en situation de handicap et leur accompagnateur, demandeurs d'emploi.

Commissariat
Bérenger Hainaut, conservateur au département de la Musique, BnF
Inès Piovesan, chef du Service des éditions, Opéra national de Paris

Catalogue
Picasso et la danse
Sous la direction de Bérenger Hainaut et Inès Piovesan BnF Éditions
22 x 27 cm, 192 pages, 100 illustrations environ, 39 €

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
David Douglas Duncan
Pablo Picasso et Jacqueline Rogue dansant devant Les Baigneurs à la Garoupe
Juillet 1957
Photographie (reproduction)
Musée national Picasso-Paris DunDav120
© RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
David Douglas Duncan
Pablo Picasso dansant devant Les Baigneurs à la Garoupe
Juillet 1957
Photographie (reproduction)
Musée national Picasso-Paris DunDav120
© RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) © Succession Picasso 2018

Pablo Picasso (1881-1973) est certainement l'un des artistes les plus complets du xxe siècle : à la fois peintre, dessinateur, sculpteur, graveur, il n'a cessé d'approfondir toutes les techniques, explorant les champs et les modes d'expression les plus divers. À partir des années 1910, il découvre le monde du spectacle et travaille à la création de décors et costumes qui marqueront l'histoire du ballet. Parade (1917), Le Tricorne (1919), Pulcinella (1920), Mercure (1924) constituent autant de repères majeurs pour cet art. L'héritage de Picasso reste d'ailleurs vivace au sein du répertoire du Ballet de l'Opéra de Paris, témoignant de l'importance de la place qu'il occupe dans le paysage chorégraphique.
Mais il faut dépasser le cadre du ballet pour découvrir que l'intérêt de Picasso pour la danse s'est en réalité exprimé dès ses plus jeunes années. Des danseuses de cirque des années 1900 aux danses érotiques du dernier Picasso, en passant par les scènes de bacchanales des années 1940 à 1960, tout a semblé prétexte à représenter des corps en mouvement. La dynamique du mouvement dansé a ainsi traversé toute l'œuvre du maître, allant parfois jusqu'à alimenter son geste artistique.
L'exposition organisée par la Bibliothèque nationale de France et l'Opéra national de Paris explore les différentes facettes du rapport de Picasso à la danse, entre vie de troupe et recherches créatrices, entre beaux-arts et spectacle vivant.


I. La troupe des Ballets russes

En mars 1915, Jean Cocteau cherche à rencontrer Picasso. Le jeune écrivain, qui côtoie les Ballets russes depuis 1909, souhaite marquer les esprits et s'imposer en tant que créateur auprès de Serge Diaghilev, le directeur de la compagnie. Il imagine donc de rallier le chef de file du mouvement cubiste et de le convaincre de participer à un de ses projets scéniques : Parade. Au début de l'été, le compositeur Edgar Varèse accepte de présenter Cocteau à Picasso : cette première rencontre signe le début de la collaboration de l'artiste avec les Ballets russes.
De 1917 à 1925, Picasso partage régulièrement la vie de la troupe, à l'occasion de résidences de travail ou de tournées, en France et à l'étranger. Il incarne une forme de renouveau au sein des Ballets russes, aux côtés de Cocteau mais aussi de Léonide Massine, alors principal chorégraphe. Au fil de ces années de collaboration, Picasso noue de nombreuses amitiés, dont témoignent portraits et caricatures, ainsi qu'une abondante correspondance. Sa forte implication dans l'univers mondain du ballet s'explique aussi par sa rencontre avec Olga Khokhlova : danseuse pour Diaghilev depuis 1911, elle entame une liaison avec Picasso en 1917, avant de l'épouser le 12 juillet 1918. Jusqu'en 1924, elle sera omniprésente dans ses œuvres.
Dans ce contexte, le ballet devient une thématique à part entière : Picasso réalise de nombreuses études de mouvements dansés et multiplie les dessins de danseurs, de ballerines et de pas de deux.

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso, Danseuse ayant servi de frontispice pour le livre de Boris Kochno, Le Ballet, mars 1954 lithographie en couleur BnF, Estampes et photographie

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso (d'après), Deux danseurs (1925) reproduction issue de l'ouvrage Pablo Picasso, Grâce et mouvement Zürich, Louis Grosclaude, 1943 BnF, Réserve des livres rares © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso, Trois danseuses, [1919-1920] Crayon graphite sur trois feuilles de papier raboutées Musée national Picasso-Paris Dation Pablo Picasso, 1979
© Sylvie Chan-Liat / RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) © Succession Picasso 2018


II. Travailler pour le ballet

Picasso a contribué à dix productions de ballets, dont six pour les Ballets russes. Son implication se limite parfois à un simple rideau de scène, ou à des indications pour le faire réaliser : c'est le cas par exemple pour Le Train bleu (1924) ou Le Rendez-vous (1945). Entre 1917 et 1924, il s'investit toutefois très activement dans quatre productions majeures : Parade (1917), Le Tricorne (1919), Pulcinella (1920) et Mercure (1924), ballets pour lesquels il conçoit décors, costumes et rideaux de scène.
Ces réalisations coïncident avec une prise de distance vis-à-vis de la technique cubiste. Après une dizaine d'années de recherches systématiques, qui l'ont mené du proto-cubisme des Demoiselles d'Avignon (1907) au cubisme synthétique, il commence à explorer de nouvelles directions. Des dessins naturalistes font leur réapparition dès 1915. Dans Parade cohabitent éléments néo-classiques et éléments cubistes, que Picasso n'abandonne pas pour autant : il les distille au fil des productions, par petites touches, avant de leur substituer une première forme de surréalisme dans Mercure. Le ballet accompagne ainsi les mutations successives de l'artiste.
À partir des années 1970, certains de ces ballets ont été reconstitués par l'Opéra de Paris. Après Parade, recréé en 1979 à l'occasion d'un hommage à Erik Satie, ce sont Le Tricorne, Le Train bleu et Le Rendez-vous qui intègrent simultanément le répertoire de l'Opéra en 1992. En comptant aussi Icare, dans une nouvelle production créée au Palais Garnier en 1962, cinq des ballets de Picasso sont actuellement au répertoire de l'institution.

Parade, 1917

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso, Projet pour le rideau de scène du ballet Parade, [1916-1917] Crayon graphite et aquarelle sur papier Musée national Picasso-Paris Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso 2018

Imaginé par Cocteau, l'argument de Parade est très simple : devant un chapiteau, les artistes tentent de convaincre le public d'entrer pour assister à leur spectacle en donnant un aperçu de leurs numéros (la « parade »). Cocteau veut puiser la « force de vie » présente dans le cirque pour « féconder » un art théâtral jugé moribond. Ce projet ne pouvait mieux convenir à Picasso : particulièrement sensible à l'univers des saltimbanques, il s'identifie à Arlequin, « double mélancolique » très présent dans son œuvre. Sollicité par Cocteau, il accepte de participer, aux côtés de Massine et du compositeur Erik Satie. Il réalise un décor cubiste, qui contraste avec le néo-classicisme de son rideau de scène. Par ailleurs, Picasso modifie le ballet de façon notable. Il introduit les personnages des managers, dont les costumes sont pensés comme des sculptures cubistes, ainsi qu'un numéro de « cheval-jupon », sur le modèle de celui qu'il a observé au cirque Medrano. Ses costumes contribuent largement au scandale de la création de Parade, qui finit néanmoins par s'imposer.

Le Tricorne, 1919

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso (d'après), Le Tricorne : maquette du décor définitif (1919) planche issue du portf. : Trente-deux reproductions de maquettes en couleurs d'après les originaux des costumes et décors par Picasso pour le ballet Le Tricorne Paris, P. Rosenberg © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso (d'après), Projet de costume pour le ballet Le Tricorne : un voisin (1919) planche issue du portf. : Trente-deux reproductions de maquettes en couleurs d'après les originaux des costumes et décors par Picasso pour le ballet Le Tricorne Paris, P. Rosenberg © Succession Picasso 2018

Après la réussite de Parade, Diaghilev invite Picasso à participer à un second ballet, entièrement espagnol : El Sombrero de tres picos (Le Tricorne), adapté du roman picaresque de Pedro de Alarcón. Manuel de Falla compose la musique et Massine est de nouveau chargé de la chorégraphie, conseillé par Félix Fernandez, un danseur de flamenco. L'intrigue du ballet s'articule autour des personnages du meunier et de sa femme, convoitée par le gouverneur de la province. À la suite de nombreuses péripéties, le gouverneur est rossé, avant que la foule ne se lance dans une jota finale, danse traditionnelle espagnole. Picasso réalise des décors aux teintes douces, à la fois naturalistes et subtilement cubistes, sur lesquels ses costumes très colorés, d'inspiration populaire, se détachent vivement. Le Tricorne, qui lui rappelle ses racines andalouses, lui permet d'exprimer sa passion pour la corrida, qu'il fait infuser dans le ballet : il fait danser matador et picador au milieu des villageois, et représente sur le rideau de scène une arène, un jour de corrida.

Pulcinella, 1920

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso (d'après), Étude de décor pour le ballet Pulcinella [ca. 1920] Procédé Jacomet (gouache appliquée au pochoir sur impression phototypique) BnF, Bibliothèque-musée de l'Opéra © Succession Picasso 2018

En avril 1917, les Ballets russes sont en tournée en Italie : la troupe se produit à Rome, avant de gagner Naples. Alors que Picasso travaille sur Parade, Diaghilev et Massine rassemblent des matériaux pour un nouveau ballet, inspiré de la commedia dell'arte. Adaptant une pièce du théâtre napolitain du xviiie siècle, Massine écrit l'argument de Pulcinella quelques mois plus tard. Diaghilev, de son côté, après avoir collecté des manuscrits attribués à Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736), propose à Igor Stravinsky de s'en servir pour composer une nouvelle musique de ballet. Picasso rejoint le projet en décembre 1919 et réalise une première série d'esquisses évoquant l'esthétique du Second Empire. Après plusieurs refus de Diaghilev, il opte pour une scène de rue nocturne : Naples est représentée selon les principes cubistes, avec vue sur le Vésuve. Les costumes qu'il conçoit empruntent à la fois aux costumes du XVIIIe siècle et aux traditions populaires napolitaines, qu'il a découvertes en 1917. Pulcinella est créé par les Ballets russes à l'Opéra de Paris le 15 mai 1920.

Mercure, 1924

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Scène de la confrontation entre Mercure (Léonide Massine)et Apollon (Boris Lissanevitch), Mercure [1927][Photographe non identifié], © BnF, Bibliothèque-musée de l'Opéra © Succession Picasso 2018

En 1924, Diaghilev et Cocteau montent Le Train bleu. Sollicité, Picasso accepte qu'un de ses tableaux soit reproduit pour servir de rideau de scène. Au même moment, le comte Étienne de Beaumont lance un projet concurrent. Pour ses « Soirées de Paris », il réunit une équipe composée de Satie, Massine et Picasso, auxquels il commande un ballet autour du dieu Mercure.
Picasso a carte blanche. S'éloignant du cubisme, il conçoit des « poses plastiques » d'allure surréaliste : les Trois Grâces apparaissent travesties ; certains personnages sont incarnés par des sculptures mobiles. L'artiste approfondit aussi une nouvelle technique, à base de lignes continues : ce style, dit « calligraphique » ou
« curvilinéaire », irriguera sa production dans les années suivantes.
Lors de la première de Mercure, le 15 juin 1924, un groupe de dadaïstes menés par André Breton et Louis Aragon déclenche une cabale visant Satie et Beaumont. Quelques jours plus tard, ils dressent toutefois dans la presse un portrait élogieux de Picasso : son dernier ballet majeur signe ainsi son entrée dans le surréalisme.

Icare, 1962

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Attilio Labis dans le rôle-titre d'Icare Palais Garnier, Paris, 1962 BnF, Bibliothèque-musée de l'Opéra © Roger Pic/ BnF © Succession Picasso 2018

En 1962, Serge Lifar est invité par l'Opéra de Paris à remonter son ballet Icare. L'argument qu'il a conçu s'inspire de la mythologie grecque : grâce aux ailes fabriquées par son père Dédale, Icare s'élance dans les airs ; mais grisé par le vol, il s'approche trop près du soleil, la cire de ses ailes fond et il tombe dans la mer. Créé en 1935, le ballet est un manifeste où la danse s'écrit indépendamment de la musique : outre la chorégraphie, Lifar est responsable des « rythmes » qui l'accompagnent, orchestrés par Arthur Honegger.
Pour cette reprise, l'ancien danseur conçoit lui-même de nouveaux costumes et propose à son ami Picasso, rencontré grâce aux Ballets russes dans les années 1920, de réaliser décor et rideau de scène. Depuis 1924, Picasso n'a plus travaillé pour le ballet, à l'exception d'un rideau pour Le Rendez-vous (1945) de Roland Petit, qui reprend une toile existante. L'artiste accepte pourtant d'imaginer ce nouveau décor : il fournit à Lifar une esquisse rappelant une autre « chute d'Icare », celle de la fresque qu'il a peinte en 1958 pour le siège de l'Unesco.


III. Représenter la danse

Au-delà de l'univers du ballet, Picasso a représenté un grand nombre de scènes de danses. Dès la fin des années 1890, des danseuses de cabaret apparaissent dans ses œuvres. L'artiste fréquente alors beaucoup music-halls et cafés-concerts : les danseuses de french cancan mais aussi les bals populaires qu'il dépeint, sont autant de témoins de sa vie de bohème, en prise avec le monde de la nuit et de la fête. Ces premières thématiques laissent ensuite la place à d'autres sujets, prétextes à l'introduction de nouvelles danses : danses orientales, danses mythologiques, danses traditionnelles espagnoles comme le flamenco, la jota ou encore la sardane, liée à la
« ronde de la paix »...
Réalisé entre 1904 et 1972, l'œuvre gravé de Picasso accompagne l'évolution de son rapport au mouvement dansé et permet de proposer un aperçu de la présence continue de la danse dans sa production, à travers quatre thématiques majeures.

Au cirque - Forains et saltimbanques

Picasso a toujours été fasciné par le monde circassien. À Paris, dès 1904, il est un habitué du cirque Medrano. Cette fréquentation assidue se ressent dans sa création : en 1905, les saltimbanques deviennent omniprésents dans ses œuvres. Suivant les traces de Toulouse-Lautrec, Picasso dessine ses premières « danseuses à cheval » ou « écuyères à panneau », du nom de la selle plate sur laquelle ces baladines se produisent. Au fil des années, il convoquera souvent cette figure, que l'on retrouve notamment sur le rideau de Parade.

Les danses mythologiques

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso, Faunes et chèvres, 1959 linogravure en couleurs BnF, Estampes et photographie © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso, Grand nu dansant, 1962 linogravure en couleurs, BnF, Estampes et photographie © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso, Centaure dansant, fond noir, octobre 1948 lithographie BnF, Estampes et photographie © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso Bacchanale avec une femme assise tenant un bébé, 1959 linogravure en couleurs BnF, Estampes et photographie © Succession Picasso 2018

La mythologie gréco-latine a profondément nourri l'œuvre de Picasso. Si le minotaure, alter ego de l'artiste, domine les années 1930, ce sont les bacchantes et l'ensemble du cortège dionysiaque qui s'imposent à partir des années 1940. Les bacchantes sont ces femmes enivrées qui pratiquent une danse rituelle en l'honneur de Dionysos-Bacchus, dieu du vin et du théâtre. Picasso s'inspire des bacchanales du classicisme français pour représenter ce nouveau type féminin. En août 1944, dans l'euphorie de la Libération de Paris, il reproduit Le Triomphe de Pan de Nicolas Poussin (1594-1665), qu'il réinterprète d'une manière cubiste : célébrant la joie de vivre retrouvée, cette peinture initie un nouveau départ dans son œuvre. À la faveur du retour à la paix et de séjours réguliers à Antibes, satyres, centaures, faunes et bacchantes s'affirment alors dans des compositions mêlant musique, danse et fête, dans lesquelles on voit parfois poindre l'influence du néo-classicisme de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).

Danser la corrida

Dans la culture populaire espagnole, les affinités entre danse et tauromachie sont nombreuses : les paroles et les figures du flamenco font souvent référence à la corrida ; le paso doble évoque le tercio de muleta, combat final du matador contre le taureau. Réciproquement, un certain nombre de musiques de danse sont jouées tout au long de la corrida. Lorsque le matador choisit de poser lui-même les banderilles, il le fait au son d'une valse ou d'une jota issue du folklore espagnol, dansant et virevoltant devant le taureau pour provoquer sa charge. Puis, alors que l'orchestre interprète un paso doble, le matador exécute, avec une cape rouge, une série de passes parfois comparées à des mouvements de flamenco, avant l'estocade finale. Picasso a pleinement intégré le potentiel dansant de la corrida. Si les danseurs des Ballets russes incarnaient matador et picador dans Le Tricorne, ce sont ici les toréros qui se font danseurs. Les banderilleros sont suspendus dans des postures qui semblent chorégraphiées, tandis que chevaux et taureaux se figent au milieu de pas de deux brutaux.

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Pablo Picasso
Tauromaquia : suerte de muleta
1957
Aquatine au sucre
BNF, Estampes et photographie

Le pouvoir érotique de la danse

Au cours des années 1960, la présence de l'érotisme dans les œuvres de Picasso s'intensifie considérablement. L'artiste revisite les sujets qui lui sont chers pour en proposer une nouvelle interprétation, fortement sexualisée. En particulier, il explicite beaucoup plus que par le passé le caractère sensuel voire luxurieux de la danse : bacchantes, circassiennes et danseuses orientales apparaissent nues, leurs attributs sexuels exacerbés. Plus encore, ses représentations mettent en scène avec insistance le pouvoir érotique de la danse. Les danseuses adoptent des poses lascives, attirant de façon magnétique le regard de spectateurs concupiscents, auxquels Picasso paraît une nouvelle fois s'identifier. Ces jeux de séduction fascinent diverses figures incarnant l'autorité ou le pouvoir, captives de ces visions érotiques, tel Hérode face à Salomé. Le public lui-même est renvoyé à sa posture de voyeur, à l'image de ce cavalier, échappé de l'univers de Rembrandt (1606-1669), qui surprend une bacchanale nocturne dans une composition de 1971.


IV. De la danse au geste dansé

Vernissage de l'exposition "Picasso et la danse"
Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973). Paris, musée national Picasso - Paris. MP819. © René Gabriel Ojéda / RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) © Succession Picasso 2018

Amateur de bals populaires et de fêtes mondaines, Picasso a dansé toute sa vie. Sur certains clichés, on le voit, amusé, tenter un levé de jambe maladroit en pleine rue, ou ébaucher un pas de danse en compagnie de Jacqueline Roque, sa dernière égérie. Pour autant, cette affinité avec le mouvement dansé peut-elle avoir influencé sa pratique artistique ?
La série de photographies réalisée par Gjon Mili pour le magazine Life en août 1949 apporte quelques éléments de réponse. À l'aide d'un crayon lumineux, Mili invite Picasso à exécuter des dessins immatériels. Constitué d'une ligne ininterrompue de lumière, chaque motif est fixé sur la pellicule grâce à une durée d'exposition très longue. Parfois, une succession de flashs permet de capturer différents états de la gestuelle de l'artiste : son corps apparaît tourné dans plusieurs directions à la fois, à la façon d'un tableau cubiste.
Cette technique du trait continu, Picasso l'a expérimentée dès la fin des années 1900 : la pointe du crayon se pose sur le papier et ne le quitte qu'une fois le dessin achevé. Entre 1917 et 1924, l'artiste s'en sert de nouveau, aboutissant au « style curvilinéaire » de Mercure. Mais la proposition de Mili implique une nouveauté de taille : cette fois, le tracé s'épanouit dans un espace à trois dimensions. Mouvements amples des bras, extension maximale, le corps de Picasso semble se projeter dans une sphère pour déployer une imagerie en volume. Son geste devient, en quelque sorte et pour un bref instant, un geste de danseur, immortalisé par l'œuvre photographique, comme une esquisse de notation chorégraphique.

https://www.operadeparis.fr/visites/expositions/picasso-et-la-danse

Journées Européennes du Patrimoine
Location:
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Description:
Journées Européennes du Patrimoine

Marchés Flottants du Sud-Ouest
Location:
Ports de Montebello et de la Tournelle
Quai de Montebello
75005 Paris
M° Maubert - Mutualité, Saint-Michel
France
Description:
Le Gers, le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne débarquent à Paris pour la 19ème édition des Marchés Flottants. Cet événement à l'accent du Sud-Ouest souffle un air de vacances sur les bords de la Seine et entraîne pendant 3 jours plus de 150 000 visiteurs à la découverte de ces destinations touristiques : foie gras, magrets, fruits, chasselas, pruneaux, légumes du soleil, vins...

Les 14, 15 et 16 septembre 2018

Fête nationale du Mexique
Location:
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Description:
Anniversaire de l'Indépendance (1821)

Fête nationale de Papouasie-Nouvelle-Guinée
Location:
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Description:
Anniversaire de l'Indépendance

08:00  
09:00  
10:00 [10:00-17:00] Le Mobilier national ouvre ses réserves
Location:
Galerie des Gobelins - Mobilier National
Manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie
42, avenue des Gobelins
75013 Paris
M° Les Gobelins, Place d'Italie
France
Phone : +33 (0)1 44 08 53 49
Fax : +33 (0)1 40 13 46 74
Internet Site : www.mobiliernational.culture.gouv.fr
Description:
Mobilier national
1 rue Berbier-du-Mets
75013 Paris

A l'occasion des Journées européennes du patrimoine
les 15 et 16 septembre

le Mobilier national présente
"LES TRESORS DU MOBILIER NATIONAL"

Pour la première fois, ouverture au public
des réserves de l'institution :

Ses réserves où est entreposée l'une des plus riches
collection de meubles au monde,
ses ateliers de restauration avec de véritables
conservatoires vivants des métiers d'art,
son atelier de recherche et de création, qui présente ses dernières créations contemporaines, conçues avec de célèbres designers.

L'exposition "Au fil du siècle - Chefs-d'œuvre de la tapisserie" sera également ouverte dans la galerie des Gobelins.

L'exposition est prolongée jusqu'au 4 novembre 2018.

Le Mobilier national ouvre ses réserves

[10:00-18:00] Réinventer le 14 rue de Trévise YMCA Union de Paris
Location:
Gymnase de l'UCJG
Union Chrétienne de Jeunes Gens de Paris
14, rue de Trévise
75009 Paris
M° Cadet, Grands Boulevards
France
Phone : +33 (0)1 47 70 90 94
Mail : ucjg@ymca-paris.fr
Internet Site : ymca-paris.fr
Description:
Dans le cadre des Journées du Patrimoine 2018, l'héritage du basket français sera mis à l'honneur sur plusieurs sites emblématiques les 15 et 16 septembre prochains, à l'instar du gymnase de la Rue de Trévise ou de l'Espace muséal de la FFBB.
Le club des Internationaux a participé à la réalisation d'une vidéo signée Nicolas de Virieu afin de mobiliser le public pour la sauvegarde du gymnase de la rue de Trévise à Paris. Membre du club et légende du basket, c'est Boris Diaw qui parle de ce lieu unique, la plus vieille salle de basket du monde.

Dans le cadre des journées du patrimoine, le gymnase de la rue de Trévise sera ouvert au public les 15 et 16 septembre. Ce lieu (14 Rue de Trévise - 75009 Paris) est inscrit à l'Inventaire des Monuments Historiques. Il fait l'objet d'une campagne participative destinée à financer ses travaux de restauration. (https://www.gofundme.com/basketballparis)

Entrée libre, dans la limite de la capacité de la salle.
Samedi 15 septembre - 10h00 à 18h00
Dimanche 16 septembre - 10h00 à 18h00






[15:00-19:00] Vernissage de l'exposition "Genius Loci"
Location:
Parc Saint-Léger
Centre d'art contemporain
Avenue Conti
58320 Pougues-les-Eaux
M° Gare SNCF Pougues-les-Eaux
France
Phone : +33 (0)3 86 90 96 60
Fax : +33 (0)3 86 90 96 61
Mail : contact@parcsaintleger.fr
Internet Site : www.parcsaintleger.fr
Description:
Exposition du 15 septembre au 9 décembre 2018
Ouverture du mercredi au dimanche, de 14h à 18h et sur rendez-vous.
Entrée libre.

VERNISSAGE SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 SEPTEMBRE 2018

GENIUS LOCI
Melanie Bonajo, DECTOR & DUPUY, ERIC HATTAN, IRMA NAME, Géraldine Longueville, LEI SAITO, JULIAN SARTORIUS

Tout lieu possède-t-il son génie ? Pour marquer les 20 ans de son installation dans l'ancien parc thermal de Pougues-les-Eaux, le centre d'art a choisi de questionner la notion de genius loci. D'abord considéré littéralement comme un ange gardien ou une divinité de la nature, le génie du lieu a vu sa signification évoluer avec la définition changeante et l'appréhension mouvante de nos espaces. Cette locution latine sera donc l'occasion d'interroger ce qui définit concrètement et qualitativement un contexte et si celui-ci joue encore un rôle identitaire.

Comment les activités du centre d'art sont-elles influencées par son environnement physique et en retour quelle portée ces activités ont-elles sur les espaces ? Les artistes invités, dans leur majorité, s'inspirent directement de la situation géographique, historique et architecturale du centre d'art. Ensemble, leurs oeuvres soulignent l'empreinte croisée entre les qualités pérennes et évènementielles dans l'identité d'un lieu.

Vernissage de l'exposition "Genius Loci"

Des navettes sont organisées pour le week-end :

Entre Nevers et Pougues-les-Eaux
le samedi 15 septembre:
17h00 départ de Nevers (Gare routière)
21h00 départ de Pougues-les-Eaux

Depuis Paris le dimanche 16 septembre:
12h30 départ de Paris (Place Denfert-Rochereau)
19h00 départ de Pougues-les-Eaux

Gratuit, sur réservation au +33 (0)3 86 90 96 60 ou chantal.scotton@parcsaintleger.fr


Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, le Parc Saint Léger vous propose un week-end de performances :

samedi 15 septembre

15h, à Nevers
AVEC DECTOR & DUPUY
Promenade commentée du
centre historique de Nevers
(Départ Place Carnot)

17h, au Parc thermal
Pougues-les-Eaux
VERNISSAGE DE L'EXPOSITION

dimanche 16 septembre

15h30, au Parc thermal
AVEC DECTOR & DUPUY
Promenade commentée de
la ville de Pougues-les-Eaux
(Départ devant le centre d'Art)

17h30, dans le Pavillon
des Sources
AVEC LEI SAITO
Performance gustative









[18:00-21:00] Preview de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Location:
Musée d'Orsay
62, rue de Lille
1, rue de la Légion d'Honneur
75343 Paris Cedex 07
M° Musée d'Orsay, Solférino
France
Phone : +33 (0)1 40 49 48 14
Internet Site : www.musee-orsay.fr
Description:
Le premier vernissage a réuni les prêteurs et les directeurs de musées, les ministres de la Culture et les grands noms de l'art moderne. Chacun a un lien particulier et personnel avec Picasso. Récit.

Dès 18 heures, dimanche soir, la file d'attente était dense sur la terrasse du Musée d'Orsay pour le vernissage VIP des prêteurs de Picasso Bleu et rose, l'évènement muséal de l'année. Dans ces rangs serrés, bien élevés, discutait entre soi tout le petit monde de l'art, hormis ceux déjà venus le vendredi soir pour la (longue) visite présidentielle, comme les petits-enfants du Minotaure, Olivier et Diana Widmaier-Picasso.

Bronzée comme une Italienne, en courte robe jaune intense, Christine Macel, conservatrice en chef au Centre Pompidou, responsable du département création contemporaine, commissaire de la 57e Biennale de Venise en 2017 et de l'extravagante exposition Franz West qui vient de s'ouvrir à Beaubourg, gardait l'esprit critique qui fait son charme piquant. Fidèle à Issey Miyake et à son audace chromatique, Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti et commissaire infatigable de "Giacometti - entre tradition et avant-garde" qui vient d'ouvrir au Musée Maillol. Derrière de jolies lunettes sages, la comédienne Dominique Blanc, pensionnaire à la comédie Française, restait d'une discrétion exemplaire. Exubérante et joviale, la sculpteur de l'art brut, Josette Rispal expliquait comment elle avait donné la collection art nouveau de son père, l'antiquaire Antonin Rispal disparu en 2003, au musée d'Orsay qui célèbre le XIXe et la naissance du XXe.

Tous savouraient le moment de grâce sous les deux couleurs de l'art moderne. Sur le précieux carton d'invitation, bleu à l'extérieur, rose à l'intérieur, Fillette au panier de fleurs, le nu adjugé 115M$ à la vente Rockefeller chez Christie's en mai 2018 et pieusement présenté «Collection Nahmad». Son premier acheteur, le marchand Clovis Sagot, paya ce troublant tableau seulement 75 francs.

Francis Briest, fondateur, président du conseil de surveillance et stratégie d'Artcurial, se souvenait que son «premier livre de chevet sur Picasso, à 18 ans, restait ouvert sur la page» où irradiait doucement ce nu prépubère de 1905, «un de (ses) tableaux favoris». Ce pro du marché de l'art attribuait l'atonie des enchères autour de ce nu à pedigree (Gertrude Stein), parti dans le vide à la hauteur de sa garantie, au «retour d'une certaine pruderie en Amérique, sous l'influence conjuguée de l'ère Trump et du mouvement #MeToo». Le précédent de Balthus et de sa trop jeune Thérèse rêvant, cible d'une pétition pour chasser le peintre des cimaises du Met à New-York, pourrait lui donner raison. Picasso semble avoir travaillé d'après modèle. «La présence de fleurs rouges symbolise probablement la perte de la virginité», «il pourrait s'agir d'une jeune prostituée de Montmartre, Linda la bouquetière, une fleuriste adolescente de la Place du Tertre» analyse le savant catalogue (texte en rose et bleu).

Très vite, la foule des amateurs s'est engouffrée dans les salons pâles où se déchaîne le talent de cet Espagnol encore brun, frotté à l'avant-garde de Barcelone, avide de tout, prêt à tout peindre, qui arrive à Paris en octobre 1900 à 19 ans. La passion était palpable chez tous ces visiteurs de la première heure, habitués pourtant aux privilèges de l'art. Les bouchons se formaient très vite devant les icônes de Picasso. Juste pour l'année 1901, le bouquet est époustouflant: à droite, Arlequin assis, venu du Met de New York, puis Arlequin et sa compagne, venu du musée Pouchkine de Moscou; à gauche L'Enfant au pigeon, ex-star des enchères et désormais collection particulière anonyme; au milieu, la Buveuse d'absinthe, sphinge aux seins lourds, au pull vert comme son poison, prêt du Kunstmuseum Basel. On en est étourdi.

Prostituées d'une puissance sculpturale éblouissante

Chaque période a son public, ce qui montre l'étendue faramineuse du talent de Picasso, et la longévité de son fan-club qui dépasse les générations et les milieux.

Il y a ceux de l'année 1901 où Picasso affirme son identité et signe ses œuvres, presque sauvages de couleurs et de touches, du seul nom de sa mère (La Naine et L'Attente (Margot), peints à Paris au printemps 1901, prêtés par le Museu Picasso, Barcelona). Ceux, introvertis, voire secrets, un rien mélancoliques, de la période bleue, d'une beauté si cruelle, d'une douceur si triste avec ses pauvresses dans la pénombre (Femme assise au capuchon, Barcelone début 1902, prêté par la Staatgalerie de Stuttgart), ses prostituées d'une puissance sculpturale éblouissante (Pierreuses au bar, Barcelone début 1902, prêt exceptionnel du Hiroshima Museum, Japon). Ceux, affranchis, de la période rose aux figures de chair encore émaciées (Arlequin assis au fond rouge, Paris début 1905, prêt du Musée Berggruen de Berlin), d'une étrangeté inquiétante (L'Athlète, 1905, collection particulière), aux scènes hantées comme des visions surnaturelles (Meneur de cheval nu, Paris, 1905-1906, trésor absolu prêté par le MoMA de New York), aux corps souvent d'une sensualité spectaculaire (Nu sur fond rouge (Jeune femme nue à la chevelure), Paris, été-automne 1906, Musée de l'Orangerie).

Nettement plus grand que la moyenne, l'artiste français Jean-Pierre Raynaud, 79 ans, gardait intacte sa superbe. Et son enthousiasme: «il faudrait faire venir tous les jeunes de 20 ans et leur montrer ce qu'a fait Picasso à 20 ans!». Yvon Lambert, le galeriste pionnier de l'art contemporain qui a fait souche avec sa Collection en Avignon (le sculpteur minimaliste Ellsworth Kelly, la peintre Claire Tabouret et le photographe Christian Lutz y sont au programme cet été), l'écoutait, amusé. Daniel Malingue, grand nom du marché de l'art moderne, avait le sourire des grands jours, comme pour les Evening Auctions de légende à New York.

Le couple d'artistes phares de la scène française, Annette Messager et Christian Boltanski, passait de profil, comme les Indiens dans les BD. L'éditeur et le grand ami d'Anselm Kiefer, José Alvarez, parlait avec feu de son livre à paraitre le 26 septembre chez Albin Michel, François Pinault, artiste contemporain (il attend toujours l'entrevue promise par ce dernier, dit-il). Fabrice Hergott avait le sourire fraternel: suite à la superbe exposition Georg Baselitz dont sa soeur, Frédérique Goerig-Hergott était commissaire, le peintre allemand vient d'offrir une toile au musée Unterlinden de Colmar.

Les ex-ministres de la Culture étaient là.

Jack Lang, éternellement hâlé comme un publicitaire, se frayait un passage, suivie de son épouse Monique, juchée sur d'énormes sandales à plateformes, aux paillettes noires et vert émeraude. Fine et mutique comme les portraits de Madeleine aux joues creuses, chic et fluide comme une sirène, Audrey Azoulay, tenait la main de sa fille adolescente comme dans un tableau gracieux. Aurélie Filippetti arrivait après le rush, frondeuse et retardataire.

Immobile, l'écrivain Marie Darrieussecq gardait son air juvénile d'étudiante de Normale Sup. Bronzé, torse bombé, le mécène et collectionneur mexicain du Museo Jumex, Eugenio Lopez, n'arrivait pas à détacher ses yeux de Yo Picasso, autoportrait peint à Paris en mai ou juin 1901. Ce prototype est si espagnol dans la réserve de la pose et le regard si direct qu'il ne pouvait laisser s'échapper cet air de famille et s'autorisait un selfie du souvenir.

Le voyage en Suisse

Les directeurs de musée se succédaient. Emmanuel Guigon, directeur du Museu Picasso Barcelona qui a prêté 50 œuvres précoces, prometteuses et souvent poignantes à Orsay. Pierre Rosenberg, président-directeur du Musée du Louvre de 1994 à 2001, fidèle à son écharpe rouge, et son épouse Béatrice de Rothschild, belle au naturel. Alfred Pacquement, ex-directeur du MNAM pendant 13 ans, bientôt à l'œuvre à Versailles avec l'artiste japonais Hiroshi Sugimoto. Didier Ottinger, directeur adjoint dudit musée, en pleine passion Francis Bacon qu'il exposera dans un an. Son prédécesseur, Jean-Hubert Martin, à peine de retour de Moscou où il prépare un énorme Carambolages pour 2020, relecture complète des collections du musée qui devrait s'appeler Les Anciens nous ont volé toutes nos bonnes idées . Le directeur des Arts déco, Olivier Gabet, dandy en pantalon jaune d'or, heureux de retrouver le Musée d'Orsay avant d'inaugurer en octobre ses nouveaux espaces contemporains. Tous appréciaient «l'exploit de cette exposition en forme de mission impossible» qui réunit les plus rares Picasso au Musée d'Orsay jusqu'au 6 janvier 2019.

Sam Keller, le directeur de la Fondation Beyeler, avait retrouvé sa mine de bon garçon, après le déguisement en Lucifer pour le dîner de gala, samedi dernier à Riehen, près de Bâle. Cette folie contemporaine était mise en scène par l'artiste Rirkrit Tiravanija où l' «auctioneer» Simon de Pury a littéralement volé dans les airs, au-dessus des tables et de leurs riches invités. Jovial et sans une once de fatigue, Sam Keller retrouvait là son complice, le collectionneur suédois Staffan Ahrenberg, le repreneur des fameux Cahiers d'Art, venu sans son déguisement bâlois de fantôme galactique. Et Raphael Bouvier, le jeune «curator» de l'exposition Balthus et de Picasso Bleu et rose acte deux qui se fera au printemps à Bâle, mais «sans les archives ni les œuvres sur papier, lumière zénithale oblige» dans le bâtiment dessiné par Renzo Piano.

De février à mai 2019, la Fondation Beyeler jouera à son tour le bleu et le rose, en 80 tableaux et sculptures, se concentrant «sur la force de la peinture et sur la modernité de ce jeune artiste incandescent que fut Picasso». «Dans les œuvres bouleversantes et envoûtantes des périodes bleue et rose réalisées en Espagne et en France, le jeune peintre émergent qu'est alors Picasso crée des œuvres d'une signification universelle. Des thèmes existentiels et universels tels la vie, l'amour, la sexualité, le destin et la mort s'incarnent dans des jeunes femmes et des jeunes hommes d'une beauté délicate comme dans des enfants et des vieillards marqués par la vie qui portent en eux des sensations telles le bonheur et la joie mais aussi la solitude et la mélancolie», annonce avec retenue le musée suisse. Ceux qui aiment Picasso prendront le train.

À l'écart de tous ces chassés-croisés du monde parisien, Marina Lochak, directrice du Musée Pouchkine, poupée russe en rose fuchsia et or, et Souria Sadekova, chef du département de programmation culturelle et des projets d'exposition du Musée, dégustaient chaque tableau de ce parcours idéal.

Leur tableau merveilleux, L'Acrobate à la boule, huile sur toile de 1905 qui joue du contraste entre l'athlète massif et l'acrobate fin comme un elfe, est l'icône de la collection Ivan Morosov, bientôt rassemblée à la Fondation Vuitton. Du fait de son extrême fragilité, elle a failli ne pas venir à Paris. Elle a les honneurs de la couverture du catalogue, puisqu'elle marie le bleu et le rose, la maigreur et la force, faisant se superposer les périodes comme le veut cette brillante relecture picassienne.

Puis vint l'heure des discours.

«Il est grand temps de rallumer les étoiles»
«L'exposition que vous venez de découvrir est le fruit d'un rêve, d'un rêve tenace et magnifique, de ceux qui viennent de l'enfance, lorsque les images d'un livre jettent un sort définitif à votre imaginaire», souligna d'abord Laurence des Cars, présidente des musées d'Orsay et de l'Orangerie, dans un discours plein de tact et d'autorité où chaque prêteur reçut son laurier. Honneurs donc aux «membres de la famille Picasso, la Picasso Administration et la Fondation Almine et Bernard Ruiz-Picasso (FABA), Bernard et Catherine»; aux musées, «le Museu Picasso de Barcelone, le Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou, le Cleveland Museum of Art, le Metropolitan Museum of Art, le Museum of Modern Art de New-York, pour n'en citer que quelques-uns» ; et aux collectionneurs privés, «David Nahmad, Stanislas Ract-Madoux, Jean-Gabriel de Bueil et Werner Merzbacher, parmi de nombreux autres ayant souhaité rester anonymes».

Et de saluer, avec une belle équité, «le travail remarquable des commissaires». En premier Laurent Le Bon, président du Musée national Picasso-Paris et commissaire général, qui a «longtemps rêvé d'organiser une exposition consacrée aux périodes bleu et rose de Picasso» et dont l'idée «a rencontré l'enthousiasme de Guy Cogeval qui la programma sans hésiter à Orsay». Et ses trois jeunes commissaires associées, sobres de tenue et de manières, rosissantes et sages comme des images sous les compliments, «Claire Bernardi pour le musée d'Orsay, Stéphanie Molins et Emilia Philippot pour le musée national Picasso-Paris». «Cette exposition paraissait impossible et c'est évidemment ce qui est excitant, ce qu'il faut faire dans la vie. Pour conclure, permettez-moi de convoquer l'ami Apollinaire, le complice en poésie et en modernité de ces années bleues et roses, Apollinaire et sa belle injonction: «Il est grand temps de rallumer les étoiles». Puissons-nous, cher Laurent, l'avoir fait tous ensemble avec cette exposition», dit sobrement cette directrice de musée-née.

Quand Laurent Le Bon, tendu comme un arc, lui succéda à 20 h 25, un vent beaucoup débridé lui succéda. Composant avec brio un discours comme une machine à remonter le temps, ce fort en thème sidéra l'assemblée par une cascade de souvenirs muséaux et personnels, de remerciements sincères (notamment à Alfred Pacquement, connu pour sa grande réserve), de règlements de comptes à demi-mot contre ses ennemis d'antan. Cet orateur à la fois littéraire et offensif passa de Picasso l'étranger à sa grand-mère noire que rencontra il y a 70 ans son grand-père, celui-là même qui lui offrit son premier livre sur la période bleue et rose, de sa femme Constance Guisset, designer pétillante exposée il y a peu aux Arts déco, à son amie Laurence des Cars («cela fait 14 ministres que nous passons ensemble!», dit-il en chute, faisait rire tout le monde) . Ce discours très émotionnel, revendiqué comme un «testament curatorial» a autant ému qu'intrigué. Que voulait dire cette»page blanche qui se tourne»? Les plus politiques décortiquaient chaque période oratoire et voyaient déjà cet enfant prodige des musées devenir bientôt un tout jeune Ministre de la Culture.




18 septembre 2018 - 6 janvier 2019

Le musée d'Orsay et le Musée national Picasso-Paris organisent une manifestation exceptionnelle consacrée aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso. Cette exposition est la première collaboration de grande ampleur entre nos deux musées, permettant un rassemblement inédit d'oeuvres. Elle réunit des chefs-d'oeuvre, pour certains présentés pour la première fois en France comme La Vie (1903, Cleveland Museum of Art), et propose une lecture renouvelée des années 1900-1906, période essentielle de la carrière de l'artiste qui n'a à ce jour jamais été traitée dans son ensemble par un musée français.

La présentation de cette exposition au musée d'Orsay manifeste la volonté d'inscrire le jeune Picasso dans son époque. Ses différentes productions sont ainsi remises en contexte avec le travail de ses contemporains ou prédécesseurs, espagnols et français (Casas, Nonell, Casagemas, comme Steinlen, Degas, Toulouse-Lautrec ou Gauguin) qu'il a pu observer directement, dans les salons ou galeries, ou indirectement, par le biais de la reproduction entre autres.

L'exposition rassemble un ensemble important de peintures et de dessins et ambitionne de présenter de manière exhaustive la production sculptée et gravée de l'artiste entre 1900 et 1906.


Commissaire général
Laurent Le Bon, président du musée national Picasso-Paris

Commissaires
Claire Bernardi, conservatrice, musée d'Orsay
Stéphanie Molins, chargée de mission auprès du président, musée national Picasso-Paris
Emilia Philippot, conservatrice, musée national Picasso-Paris

Cette exposition est coproduite par le musée d'Orsay et le musée national Picasso-Paris.

Elle sera également présentée à la Fondation Beyeler à Bâle du 3 février au 26 mai 2019.

18 septembre 2018 - 6 janvier 2019

Le musée d'Orsay et le Musée national Picasso-Paris organisent une manifestation exceptionnelle consacrée aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso. Cette exposition est la première collaboration de grande ampleur entre nos deux musées, permettant un rassemblement inédit d'oeuvres. Elle réunit des chefs-d'oeuvre, pour certains présentés pour la première fois en France comme La Vie (1903, Cleveland Museum of Art), et propose une lecture renouvelée des années 1900-1906, période essentielle de la carrière de l'artiste qui n'a à ce jour jamais été traitée dans son ensemble par un musée français.

La présentation de cette exposition au musée d'Orsay manifeste la volonté d'inscrire le jeune Picasso dans son époque. Ses différentes productions sont ainsi remises en contexte avec le travail de ses contemporains ou prédécesseurs, espagnols et français (Casas, Nonell, Casagemas, comme Steinlen, Degas, Toulouse-Lautrec ou Gauguin) qu'il a pu observer directement, dans les salons ou galeries, ou indirectement, par le biais de la reproduction entre autres.

L'exposition rassemble un ensemble important de peintures et de dessins et ambitionne de présenter de manière exhaustive la production sculptée et gravée de l'artiste entre 1900 et 1906.


Commissaire général
Laurent Le Bon, président du musée national Picasso-Paris

Commissaires
Claire Bernardi, conservatrice, musée d'Orsay
Stéphanie Molins, chargée de mission auprès du président, musée national Picasso-Paris
Emilia Philippot, conservatrice, musée national Picasso-Paris

Cette exposition est coproduite par le musée d'Orsay et le musée national Picasso-Paris.

Elle sera également présentée à la Fondation Beyeler à Bâle du 3 février au 26 mai 2019.

Vernissage de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Pablo Picasso (1881-1973)
Acrobate à la boule
1905
Huile sur toile
H. 147 ; L. 95 cm
Moscou, The Pushkin State Museum of Fine Arts
© Image The Pushkin State Museum of Fine Arts, Moscow © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Pablo Picasso (1881-1973)
Autoportrait
1901
Huile sur toile
81 x 60 cm Paris
Musée national Picasso-Paris, dation, 1979, MP4 Photo
© RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Pablo Picasso (1881-1973), «Enfant au pigeon», 1901 (Détail). Huile sur toile, 73 x 54 cm. Collection particulière © AKG Images © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Pablo Picasso (1881-1973), Pierreuses au bar, 1902. Huile sur toile, 80 x 91.5 cm. Hiroshima, Hiroshima Museum of Art © Hiroshima Museum of Art © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Pablo Picasso (1881-1973), Jeune garçon conduisant un cheval, 1905-1906. Huile sur toile, 220.6 x 131.2 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. 575.1964 © The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence © Succession Picasso 2018

Vernissage de l'exposition "Picasso. Bleu et rose"
Pablo Picasso (1881-1973), Arlequin et sa compagne, 1901. Huile sur toile, 73 x 60 cm de la collection Morosov. Moscou, The Pushkin State Museum of Fine Arts © Photo Scala, Florence © Succession Picasso 2018










[19:00-22:00] Vernissage de Franco Gobbi "Fragile"
Location:
Londres
London
London
London
M° www.tfl.gov.uk/tube
United Kingdom
Internet Site : www.cityoflondon.gov.uk
Description:
curated by Jean-Baptiste Pauchard

Vernissage and signature of the book "Fragile" edited by Damiani with Franco Gobbi and his muses:
Rosie Huntington, Irina Shayk and Belcim Bilgin.

Asia House Gallery
63 New Cavendish Street
London W1G7LP

Vernissage de Franco Gobbi "Fragile"

11:00
12:00
13:00
14:00
15:00
16:00
17:00
18:00
19:00
20:00
21:00
22:00  
23:00  
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