Vernissage d'Andoche Praudel "Chemin faisant"

Thursday, March 27, 2008 17:30-21:00 CET




Description:
Photographies/Estampes numériques

du 26 mars au 11 avril 2008
du lundi au vendredi de 12h30 à 20h
samedi jusqu'à 18h30
Vernissage : jeudi 27 mars à partir de 17h30

Les paysages corréziens photographiés par Andoche Praudel semblent vibrer d'une attente de l'impossible. Regardons La Route d'Ayen, Andains à
La Morétie ou Un arbre en hiver. La dimension expectante apparaît au premier sentiment semblable à l'imminence d'apparitions fantastiques : des fantômes vont se montrer. Comme Marie du Deffand, nous savons qu'ils n'existent pas, cependant nous en avons peur. Nous craignons, d'une crainte mêlée de désir, que soit rompue la cohérence universelle ; nous redoutons et voulons aveuglément tout ensemble que tombe le masque de la vie ordinaire et cesse la comédie, qu'il nous faille penser notre place réelle et notre exacte vertu. Autrement dit, nous appréhendons de découvrir une sécheresse et un vide de l'esprit, l'abîme de la misère humaine ; d'être étreint par une angoisse sans solution. Et nonobstant cela, nous n'aspirons qu'à la vérité.
Les photographies de Praudel mettent en évidence une effraction de ce que nous pourrions nommer « mystère » au sein d'un paysage rural familier, mais il ne s'agit pas d'un sentiment romantique tel que la peinture et la littérature allemandes en fournirent des exemples, réagissant contre les idées des Lumières et insistant sur la primauté de l'irrationnel. Les mots d'Hamlet qui paraissent synthétiser la cause du romantisme allemand, « There are more things in heaven and earth, Horatio, /Than are dreamt of in your philosophy », devraient être inversés pour rendre compte des lieux fixés par Praudel : « Il y a moins de choses au ciel et sur la terre... : il n'y a rien. » Nulle compensation par l'imaginaire de ce que la foi a perdu, nul retour laïque au miracle, aucun besoin de transgresser la raison, aucun symbolisme, une rencontre du Rien au détour d'une route, sur la surface d'un champ ou dans le vide circulant autour d'un arbre esseulé. Une mise en présence du Rien qui est l'Être.
L'attente de Praudel saisit un moment, entre deux secondes, l'éternel néant - oiseau craintif que l'on attrape en usant d'artifice - y fut insensiblement sensible. La Route d'Ayen montre une vacance abyssale : elle ne mène nulle part, elle ne constitue pas même une route, seulement le signe de son absence.
L'attente, nous le savons, rend le présent absent et l'absent présent.
Ce qui entre en présence par l'attente, l'absence, ne se résout pas à un néant d'être, mais à un ressentiment hic et nunc de pure présence. Cette pure présence ne consiste pas en un simple vide, plutôt en un vide relatif à l'humain, intervalle ouvert, espace disponible, aire de liberté. Pensons à la caisse de résonance d'un instrument de musique, condition de son être.
L'absence apparaît éminemment originelle. Présenteté du présent, elle révèle sa ressource. Définissons-la encore : Calme concentré, demeure de l'Ordre, vie exemptée de sa bigarrure d'emprunts, tombeau de celui que nous ne sommes pas, possibilité d'être, radieuse innocence, contemplation du divin qui habite l'épaisseur du monde.
Les paysages de Praudel réalisent un acte de néantisation, ils offrent une place à la liberté du néant. Lieux et choses figurés sont les occasions d'un regard et non pas d'une vision : transport avec lequel le visible se retire devant un bien sans nature ni subsistance ordinaires. Les conjonctures matérielles pourront sembler subalternes, elles demeurent nécessaires, car le Rien ne sait advenir lorsqu'il ne s'incarne pas. Si ce qu'énonce l'œuvre d'art s'avère empiternellement aucune chose et non autre, depuis que l'Occident se constitua par la reconnaissance du Logos, l'instituant suprême désirable et admirant sa manifestation, pour ainsi dire, silencieuse en tant que mise au jour du proprement humain, il ne saurait s'agir d'une répétition du même.
Le Rien doit s'unir à une circonstance toujours neuve, s'appuyer sur un étant - non seulement telle ou telle partie du monde que l'artiste trouve devant lui et où il discerne la muette intonation de ce qui n'a aucune qualité, mais aussi bien sa propre personne prétendant exercer un art libéral et capable de s'évacuer comme sujet. L'immuabilité du Rien se fraie un accès dans le temps, l'éphémère sera empêché de périr. Grain brumeux et pensif du Printemps précoce, branches dénudées tendues d'espérance d'Un arbre en hiver, nuages eschatologiques et terre oblique des Andains à La Morétie, beau noir et gris nacré publient un état de simple, de pleine et perpétuelle acceptation qui fait la vraie liberté. Ils énoncent en silence : Ce qui est provient de ce qui n'est pas. Ce qui n'est pas détient l'être. Ce qui est, foncièrement, absolument, n'est pas. Ce qui n'est pas est Dieu.

Didier Laroque
Professeur à l'Ecole nationale des Beaux-arts de Paris.
Location:
Association culturelle franco-japonaise de Tenri (Click here to get informations about Association culturelle franco-japonaise de Tenri)
Espace culturel Bertin Poirée - 天理日仏文化協会
8, rue Bertin Poirée
75001 Paris
M° Châtelet
France
Phone : +33 (0)1 44 76 06 06
Fax : +33 (0)1 44 76 06 13
Mail : ecbp@tenri-paris.com
Internet Site : www.tenri-paris.com

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Date: Thursday, March 27, 2008
Time: 17:30-21:00 CET
Duration: 3 hours 30 minutes
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Andoche Praudel
Number of times displayed: 1559

 



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