Vernissage de Sophie du Buisson et Marc Kapko

Thursday, November 26, 2009 18:30-21:30 CET




Description:
12/11/2009 - 29/11/2009

A propos de Marc Kapko

« Qui sommes-nous ? » La question vaut d'être maintes fois remise sur le métier. Avec celle qui en est le pendant : « D'où venons-nous ? » Question de l'identité et question de l'origine. Entêtantes toujours. Et toujours collectives. Kapko a la décence - et probablement l'élégance d'esprit - de ne pas les poser à titre individuel. Et encore moins à titre personnel : « Qui suis-je ? D'où viens-je ? » Questions dont on entrevoit instantanément la vanité.

A l'heure où le bruissement de l'identité et des origines trouve de plus en plus souvent et de façon excessive des réponses dans l'exacerbation du sens communautaire, Kapko tient bon. Il affirme avec vigueur que maintenir la question posée vaut mieux que toutes les réponses malheureuses auxquelles d'autres se montrent si pressés de se rendre. Tendre la question, toujours. La tenir en alerte. Comme un sémaphore en suspens. Ne serait-ce d'ailleurs pas là le lot du peintre ? Mieux, la contrainte d'une faiblesse assumée ? C'est, à coup sûr, la garantie d'une innocence imméritée.

Le mutisme de la toile : à la fois source d'inquiétude et rédemption pudique...
Kapko livre des corps. A foison. Comme ceux de Lascaux livraient les représentations des animaux qu'ils vénéraient, sans doute. Depuis que les hommes produisent des images, ils disent leur perplexité et leur fascination. Chez Kapko, les corps sont nombreux. Des corps en pagaille d'êtres anonymes. A peine nés. Venus de je ne sais quelles entrailles. Des visages aussi. Une espèce d'engendrement incessant et forcené. Mais paisible. Inquiet pourtant, peut-être. Une multitude ouvrageuse et oisive qui dit l'ahurissant déferlement hominien depuis que le monde est monde. Un enchevêtrement saturé, généreux, prodigue, d'où naît, dans une sorte de bruissement sourd, une humanité valeureuse. Mais, curieusement, aucun dégoût. Aucune désolation. Seulement l'incessant mouvement d'êtres incertains.

Car, à peine nés, nous le disions, d'autres surgissent sous nos yeux. Tous aussi improbables. Et pourtant visibles. Le regard fait naître les motifs du dessin - ou de la peinture. Mais alors, le regard naît lui aussi ; on pourrait dire : « sous ses propres yeux ». Une sorte de jeu insolite s'engage qui ébahit le regardant et excite son désir de voir encore. Et encore. Et l'amène à quelque prudence. Tiens, d'autres figures apparaissent à nouveau. Puis d'autres, là, en creux... C'est cette lente déambulation qui, un temps, désoriente le regardant. L'œuvre semble jouer avec lui, s'ingénier à le prendre en défaut. Non sans malice. Sans doute pour mieux le retenir. Car, pour peu qu'il daigne s'arrêter quelques secondes devant elle, le regardant constate vite qu'il ne s'en départit pas si rapidement. Et sans doute pour lui infliger un délicieux tourment. La toile paraît vouloir garder la maîtrise de la relation. Il n'est pas question qu'elle accorde à celui ou celle qui se poste devant elle la fantaisie de décider de leur commerce. (S'il le fallait, serait-elle prête à s'en retourner ?). Le moins qu'on puisse dire, en tous cas, c'est que cette relation, elle tient à la prolonger. A l'inscrire dans le temps. Seule condition pour que l'espace de l'autre à l'autre, soit le processus de l'altérité, vive. Une peinture qui ouvre la temporalité, donc intensifie le vivant, ce n'est pas si fréquent.

Depuis que l'homme se regarde et se tend le miroir des œuvres picturales et, plus près de nous, depuis que l'homme est devenu objet de science pour lui-même, le mystère de l'humain ne s'est jamais autant épaissi. Kapko n'en révèle rien. Peut-être scrute-t-il les impondérables de l'espèce ? Mais peut-être n'en a t-il cure. Ses œuvres ont pourtant la gravité réjouissante de celles qui ne renoncent pas à affronter la figure humaine. De celles qui ne désertent pas devant la tâche - peut-être perdue d'avance ! - non de comprendre, mais assurément de piéger les innombrables avatars de "l'humanitude". On comprend que la lassitude l'envahisse parfois. La tâche, c'est sûr, est immense. Mais, par quelque bout qu'on le prenne, est-il d'autre moyen de retenir un tant soit peu l'imposant et débordant récit des générations ? Le trop-plein des fictions des pauvres vies ? L'excédent des histoires d'hommes mi-réussies mi-ratées.

Pour autant la peinture de Kapko n'est pas narrative. Plutôt, l'histoire qu'elle raconte est toujours la même, celle de l'apparition-disparition. Mais cette histoire-là ne renvoie à rien d'autre qu'à l'histoire de la peinture elle-même. La parousie toujours. C'est le propre des grands peintres de rejoindre, chacun à son époque, la question fondatrice de son art : qu'est-ce qui surgit lorsqu'apparaît la face de l'homme ? Citons Gréco, Vélasquez, Goya... De Kooning, Bacon... Kapko ne se dérobe pas. Et si la « face de l'homme », chez lui, ressemble à une cohorte d'êtres le plus souvent sans chemise, nus à l'excès, c'est que la multitude est autrement plus comptable de l'espèce que ne l'est l'unité. L'homme n'est pas seulement multiple, comme on le dit trop souvent, il est nombreux, il est légion. Il est considérable, c'est bien le mot. Dès lors, tendons la question une nouvelle fois qui ne sera pas la dernière : « Qui sommes-nous ? »

Etienne Marest
Août 2009


A propos de Sophie du Buisson, Femme Sculpteur.

Se fondre, épouser, faire corps avec. Dans la vie comme dans son métier d'artiste c'est le même geste qui anime Sophie. Ainsi, retrouver chaque jour les habitués du bar du coin et s'immerger dans le quartier c'est déjà "être au travail".

De la vie à la pierre, son activité traverse trois étapes.

Dans les musées ou les expositions, elle dessine d'après modèles. Son trait est plus figuratif qu'à l'ordinaire.

Elle aime à découvrir les œuvres nouvelles d'artistes d'aujourd'hui comme elle aime à accomplir d'inlassables retours en redécouvrant Rodin par exemple. Tenir d'une main le présent et, de l'autre, le passé. S'inscrire sur la chaîne du vivant.

Quand elle revient à elle, à sa pratique, c'est dans l'asymétrie qu'elle trouve de la beauté, qu'elle la cherche. Mais la matière ne se livre pas instantanément. Donner forme à la terre nécessite concentration, patience et endurance. La terre est fragile et la pierre demande de s'investir physiquement. Une dualité : force et douceur dans un même mouvement.

Les autres, oui, comme question et comme évidence, comme objectif et comme nourriture.

Sculpter c'est être seul au milieu de ses réalisations, c'est vivre pas tout à fait dans les normes, c'est s'investir profondément sans être toujours compris, c'est éprouver quotidiennement le face à face avec la matière et sa masse à laquelle il faut incontournablement donner forme : CRÉER.

Suzanne Joubert pour Edwige Lamy/Soleil Vert production
Location:
Galerie Geoffroy de La Taille - Art Emoi (Click here to get informations about Galerie Geoffroy de La Taille - Art Emoi)
64, rue des Tournelles
75003 Paris
M° Chemin Vert
France
Mail : gdltt@art-emoi.fr
Internet Site : www.art-emoi.fr

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Date: Thursday, November 26, 2009
Time: 18:30-21:30 CET
Duration: 3 hours
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Sophie du Buisson, Marc Kapko
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