Vernissage de Marc Lathuillière "TRANSKOREANA"

Monday, September 26, 2005 18:00-21:00 CEST




Description:
Dans le cadre de la Semaine des cultures étrangères 2005

Exposition du 26 septembre au 8 octobre 2005
Vernissage le lundi 26 septembre à 18h

Voyage dans les mains des Coréens, "Motographies" et sons de Marc Lathuillière au Centre Culturel Coréen du 26 septembre au 8 octobre 2005

Pour bien voyager, voyager petit. Et ainsi pouvoir se fondre dans les villes et les paysages, les recevoir dans leur grandeur comme dans leurs plus infimes détails. Surtout donner aux gens la possibilité de vous faire une place sur le pas de leur porte, parfois même autour de leur table. Etre petit, c'est tenir dans leurs mains.

J'avais déjà un peu cela en tête lorsque, en octobre 2003, j'entrai dans ce bazar de la banlieue de Séoul et que, après avoir fait tous les magasins de jouet ou presque de la capitale, je tombais sur ce qui allait devenir le meilleur guide de mon voyage en Corée : une petite moto en plastique de 7 cm de long, d'un bleu éclatant, et son pilote casqué, sans visage. Je préparais alors mon premier itinéraire en scooter 125 à travers la péninsule : un grand Z de 1700 km de Séoul à Pusan, la grande ville portuaire du sud.

En Asie plus qu'ailleurs, l'auteur de la photo souvenir doit aussi être son sujet : il faut poser devant l'objectif, sur fond de monuments et de paysages référencés, ou avec les « caractères typiques » croisés en chemin. Ne m'étant jamais vraiment prêté à ce jeu, j'ai voulu cette-fois ci m'y livrer à fond. Jusqu'à l'absurde. Jusqu'au rire. Je serais désormais sur toutes les photos, sans jamais que mon corps ou mon visage n'apparaissent. Le jouet avait donc pour mission de devenir mon alter ego, un substitut d'une des facettes de ma personnalité : voyageuse, empathique, mais trop pressée.

Mais il y avait autre chose, que je découvris dès le début de mon périple. Mon jouet, que je baptisais « Transalter », était une sorte de messager entre moi et la Corée. Ce pays n'est pas le plus spectaculaire de ceux où mon métier de reporter m'a transporté : mais jamais auparavant je n'avais été aussi attentif à la beauté des êtres et des choses. Dès que mon jouet sortait, que je cherchais un angle à sa petite échelle, tout cela était mis en perspective, en contre-plongé, vu avec le regard étonné de l'enfance et, dans un sens presque photographique, révélé à mes yeux.

Et puis il y avait les Coréens. Dès que j'ai commencé ma série de portraits - qui est devenue la majeure partie de mon travail - j'ai pleinement compris pourquoi j'avais ressenti le besoin de me faire connaître par un messager. Dans la campagne coréenne, mais aussi dans beaucoup de villes, l'étranger est un oiseau qu'on voit rarement passer, et dont on ne parle pas les langues. On peut lui sourire, lui tenir des discours fleuves qu'il ne comprendra pas, mais tout aussi souvent on secoue la tête dans un geste qui refuse l'échange, repoussant l'intrus dans les limbes de la non-existence. Je connaissais ces difficultés et je m'étais promis, en proposant mon joujou, d'inviter les Coréens à admettre ma présence, et à y réagir.

Mettre ma moto entre leurs mains, qui pouvaient êtres brusques ou maladroites, c'était jouer la confiance : multiplier les échanges, donc les risques, et finalement les bonheurs. D'où aussi que - et c'est un sous-thème de mon travail - j'ai cherché la rencontre de Trans-alter, produit de masse « made in China », avec les travailleurs manuels comme avec ses confrères de plastique (les souvenirs dans une échoppe, un faux palmier jaune fluo, le masque de George Bush...).

A ma surprise, la mise en main a tout de suite bien fonctionnée. Pratiquement tous les gens que j'ai rencontrés ont accepté de se saisir de l'objet, manifestant curiosité, étonnement ou amusement, plus rarement un rejet. Des premières réactions que, dans la lumière pure de l'automne coréen, j'ai tenté de fixer. Occupés par le jouet, les « sujets » en oublient souvent de poser, ou bien posent différemment.

En découvrant cette galerie de portraits, j'ai aussi vu toute l'importance de la moto comme pivot. Point commun autour duquel tourne chacune des images, elle souligne la singularité de chacun des êtres qu'elle rencontre. Or, décalage des poncifs de la photo de voyage, mon projet est aussi un jeu sur l'identité collective des Coréens, sur les clichés nationaux extrêmement forts au travers desquels ils se voient. Le montage son de l'exposition, voix et bruits du pays enregistrés en route, est d'ailleurs largement composé des réponses qu'ils ont données à quelques questions types : Vous aimez votre pays ? Tout ? Pourquoi ? A leur insu, les "motographies" déjouent leurs conceptions identitaires. Ils redeviennent des personnes uniques, avec chacun son nom et sa profession, et plus seulement une partie du puissant « uri » (le « nous »), ce collectif qui pose tant de problèmes à l'irrécupérable individualiste que je suis. La plus belle farce, et le plus beau cadeau, que je pouvais faire aux Coréens pour m'avoir permis de voyager dans leurs mains.

Marc Lathuillière
Location:
Centre Culturel Coréen (Click here to get informations about Centre Culturel Coréen)
2, avenue d'Iéna
75116 Paris
M° Iéna, Trocadéro
France
Phone : +33 (0)1 47 20 83 86
Fax : +33 (0)1 47 23 58 97
Mail : ccc@coree-culture.org
Twitter account : KoreaCenterFR
Instagram account : centreculturelcoreen
Internet Site : www.coree-culture.org

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Date: Monday, September 26, 2005
Time: 18:00-21:00 CEST
Duration: 3 hours
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Marc Lathuillière
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