Vernissage de Chaix

Tuesday, November 5, 2013 18:00-21:00 CET




Description:
Du 5 au 30 novembre 2013

Chaix ou le protocole de l'étiquette

Par Eric Loret

Si ça prend du temps ? - Oui, trois mois pour un «effiloché», par exemple. S'il achète ses étiquettes chez un imprimeur ? - Pas du tout. Cela fait partie du jeu d'aller les décoller chaque matin au marché. Avec les années, Chaix a fini par apprivoiser quelques maraîchers et grossistes auprès de qui il fait sa cueillette. Au Monoprix du coin aussi, comme on le verra dans les pages qui suivent. Voilà pour les questions qu'on lui pose généralement. L'ordre du travail est : récolter les étiquettes sur les fruits et légumes, les colliger par forme et couleur dans des
classeurs qu'il appelle sa «palette». Les étiquettes, repositionnables, sont stockées sur des intercalaires à endives (on ne rit pas, c'est vrai, une sorte de papier bleu très fin, comme ciré). Et enfin, composer le tableau. Parfois en partant d'un croquis lorsqu'il
s'agit d'une trame géométrique ou que Chaix s'inspire d'un dessin connu (la couverture du Secret de la licorne, d'après Hergé, par exemple), souvent en partant en voyage, collant au hasard jusqu'à ce qu'une histoire naisse et que le puzzle s'invente
de lui-même, avec ses circonvolutions et ses retours.

Tantôt l'artiste travaille en série (telle Dalarnadirladada, qui emmène le cheval de Dalécarlie autour du monde), en one-shot, voire en livre, puisqu'il prépare le second tome de Legufrux panopticus, dont le premier volume est paru en 2012 aux défuntes éditions Homecooking books : c'est
un livre téléscopique de 20 mètres de long, organisé en séquences comme un film merveilleux, exotique et détraqué. Au dos, on lit le crédo de Chaix, grand
prêtre de la «légufrulabélosophie», «Discipline visant à circonvenir la sagesse par le truchement d'une industrie à base d'étiquettes de fruits et d'étiquettes de légumes acquises de façon subreptice.»
Circonvenir, ores donc.

Ce qui frappe dans l'art de Chaix, c'est le concentrique, l'infini, la perpétuité. L'ouverture et, corrélativement, la clôture. Chacun de ses collages est un univers qui remplit la feuille et la borde à la fois, qui fuit le centre et s'y précipite en même temps. Le regard est happé par une répétition maniaque du motif (chaque image est constituée de centaines d'images) maiscette itération s'annule par le fait qu'elle est prise en série, que les étiquettes sont à la queue leu le, mordant les unes sur les autres, se dirigeant en file indienne vers la lune ou le soleil. Cette compulsion de répétition jusqu'à dévorer tout l'espace de la feuille (pas un mm2 de blanc) fait évidemment songer à l'art des enfants, quand on commence à dessiner des mondes et qu'on n'a de cesse que la page soit couverte, comme s'il fallait remplir l'abîme de la mort, annihiler toute possibilité de faille. On ne s'étonne pas qu'une de ses oeuvres ait
été choisie pour faire la couverture d'un numéro du magazine Hypnose et thérapies brèves.

Les oeuvres de Chaix ont mille yeux qui regardent le regardeur : c'est donc à raisonqu'il peut convoquer à leur sujet la notion de panoptisme. D'un autre côté, il y a le subreptice, ce qui se glisse par en dessous et emporte le morceau clandestinement. A savoir le jeu, la liberté. Comme tout art, celui de Chaix naît d'une pulsion transgressive : décoller l'étiquette de la clémentine ou de la poire qui nous fixe bizarrement sur l'étal du supermarché car, l'a-t-on remarqué, les fruits et légumes étant ronds plutôt que carrés, l'étiquette à leur surface rebique toujours et appelle l'ongle gratteur.

Joueuses, les oeuvres de Chaix font appel à
trois genres graphiques qu'il définit lui-même : le géométrique, où, l'étiquette est utilisée dans son intégralité ; l'effiloché, si l'étiquette a été découpée ; et un mixte des deux. Le géométrique repose évidemment sur la contrainte la plus forte, tout en se nourrissant de leitmotive (comme la «coquette», étiquette en forme de bouche). L'effiloché est né de
chutes conservées, quand Chaix par exemple découpait les bords de son tableau à angles droits. Le résultat est dans ce cas visuellement plus fantasque, baroque, toute forme se faisant flammèche, l'espace du support n'étant plus recouvert. Un magnifique Don Quichotte dans ce style cavalcade ainsi au milieu de ses délires arc-en-ciel.

C'est en mars 2000 que Chaix a commencé son odyssée légufrulabélosophe. Il estime en être à plus de cinq cents tableaux de tous formats. Des milliers d'étiquettes chapardées. Tout une cosmogonie avec sa faune, sa flore, ses villes et ses dieux, ses livres et son cinéma. Il peut se targuer d'avoir inventé un matériau, c'est-à-dire utilisé un bout de quelque chose d'une façon dont personne n'avait jamais eu l'idée. Et le chemin de son art consiste désormais à pousser ce matériau dans ses retranchements.

Vernissage de Chaix
Location:
Galerie Sabine Bayasli (Click here to get informations about Galerie Sabine Bayasli)
ex galerie Detais
99, rue du Temple
75003 Paris
M° Rambuteau, Arts et Métiers
France
Mobile : +33 (0)6 34 29 40 82
Mail : galerie@galeriedetais.fr
Instagram account : galeriesabinebayasli
Internet Site : www.galeriesabinebayasli.com

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Date: Tuesday, November 5, 2013
Time: 18:00-21:00 CET
Duration: 3 hours
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Chaix
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