Vernissage de Myriam Mihindou "La Mandragore"

Saturday, November 16, 2013 16:00-21:00 CET




Description:
du 16 novembre au 4 janvier 2014
Vernissage le samedi 16 novembre de 16h à 21h

Vernissage de Myriam Mihindou "La Mandragore"
Female, triptyque de la série Sculptures de chair, Ile de la Réunion, 1999 / 2000, cybachrome, 2/3, 90 cm x 60 cm / 90 x 60cm / 90 x 60 cm, copyright Myriam Mihindou, Courtesy Myriam Mihindou, Galerie Maïa Muller, Paris (collection Artothèque, Saint-Denis de la Réunion)

Texte de Philippe Dagen

Myriam Mihindou n'aime guère le mot objet, encore moins objet d'art. Elle fait justement remarquer qu'ils ne disent pas l'essentiel : que cette chose - peu importe son aspect, sa matière ou ses dimensions- n'existerait que d'une existence muette et immobile si elle n'était imprégnée de pensées, d'é motions, de mémoires, de récits, d'obsessions ou de songes. Son existence matérielle serait sans importance sans tout ce qui s'y inscrit ainsi pour chacun - pour chacun d'une manière différente, avec une intensité variable. Aussi faut-il considérer l'objet non pas en lui-même, mais comme la forme matérielle de ces données immatérielles. Cette forme doit être adéquate aux pensées qui la font naître et s'y logent comme dans un abri. Elle doit être, en quelque manière, efficace et éloquente afin d'attirer et de troubler ceux auxquels les sensations et les histoires qui l'habitent ne sont pourtant pas familières. C'est donc d'une définition de ce que l'on appelle œuvre qu'il s'agit : une chose qui affecte, excite, réjouisse ou révulse en affectant la vue, mais aussi en sollicitant le toucher ou d'autres sens. Une chose qui appelle et qui est entendue.

De telles choses peuvent être trouvées : ce sont alors des produits du hasard dans lesquels une poétique ou une mythologie vient se loger. Le surréalisme excellait à les découvrir. Le plus souvent, cependant, il en va de l'invention d'une ou d'un artiste. On dit ici invention faute de mieux, tant il est difficile d'expliquer pourquoi une œuvre d'art est « chargée » - vocabulaire d'anthropologue ou d'ethnologue- de ce pouvoir et pourquoi telle autre, qui a pu demander plus de temps, de gros efforts, de gros moyens, reste désespérément sans effet et ne s'élève pas au-dessus de l'état d' objet inerte, destiné à l'exhibition et even tuellement au commerce. On pourrait écrire aussi création, tout en sachant que les voies de celle-ci sont peu connaissables, y compris souvent pour les créateurs eux-mêmes.
Ainsi ne parviendra-t-on sans doute pas à exposer avec la précision qui conviendrait pour quelles raisons les sculptures de savons que Myriam Mihindou pique de clous et perce de trous où s'enfilent des cordelettes sont si troublantes, si « chargées ». Parce que s'y relèvent souvent des allusions au corps humain, à ses organes, à ses membres, à sa substance même ? C'est probable. Le biomorphisme sait être irrésistible : à preuve Eva Hesse, Jean Arp, les Alberto Giacometti que Michel Leiris a commentés dans Documents. Mais le biomorphisme n'est que l'une des qualités de ces sculptures. Leurs couleurs légèrement éteintes, le grain de leur surface, la translucidité d'albâtre ou de jade de certaines font songer à des pierres retrouvées dans des tombes ou des caches par l'archéologie, quoiqu'elles ne ressemblent de près à aucun style d'aucune culture ancienne ou lointaine - ni Cyclades, ni Afrique, ni Chine. Cet air d'ancienneté précieuse est du reste démenti par les cordelettes, évidemment récentes et de bien peu de valeur : pas question pour l'artiste de glisser sur la pente du bel objet ouvragé. La perfection formelle serait encombrante et ferait perdre de leur intensité à ces pièces. Leur créatrice ne les présente ni comme des symboles, ni comme des amulettes, mais chacun est libre néanmoins de les tenir pour telles, s'il le souhaite.
On en dirait de même des « sculptures » en feutre, chanvre et coton. Les fibres ont été assemblées, tassées, nouées, serrées ensemble. Si elles évoquent une forme humaine, c'est à la façon dont l'évoque la racine de la mandragore - la plante qui était censée naître du sperme des pendus. Cette évocation est imparfaite, approximative, incertaine parfois. La fragilité y est suggérée par les matériaux autant que par la façon dont Myriam Mihindou les travaille. On dirait que cette forme pourrait se défaire au premier geste trop appuyé : la menace de sa disparition est inscrite en elle - et donc le temps.
Le temps : le temps du corps, le temps de la perception, le temps de la contemplation. C'est là ce qui rend l'œuvre de Myriam Mihindou si intense. On y perçoit, on y vit plusieurs temps différents, particulièrement dans ses photographies. Il y a la suggestion d'un instant ou d'un moment bref, qui serait celui de la douleur, quand les aiguilles s'enfoncent sous la peau, quand les muscles des doigts et du poignent se crispent, quand une blessure a été infligée à un bras ou une jambe. Un bandage ou un pansement la dissimule, mais on l'éprouve néanmoins. Cet instant semble annoncer la destruction : bien au-delà de la fragilité, une menace qui ne pourra être évitée puisqu' elle est celle de la mort. Mais ces tissus, ces aiguilles, ces signes de la destruction sont, si l'on peut dire, désamorcés. L'inquiétude qu'ils peuvent susciter est tenue à distance par le miraculeux équilibre des lignes que dessinent les mains ou l'assemblage de fines baguettes et de plumes : miraculeux parce qu'il suffirait à nouveau d'un rien pour le rompre mais qu'il demeure intact, suspendu, protégé pour longtemps par l'arrêt du temps. Les mots sont assez faibles pour essayer de suggérer que l'on a alors en effet la sensation d'échapper au flux temporel pour passer ailleurs, on ne sait où, dans un état qui ne s'éprouve que rarement. Ce n'est pas « hors du temps » comme on le dit banalement et emphatiquement des monuments et autres « chefs d'œ uvre » qui seraient éternels, mais plutôt au-dessus du temps : comme si on avait échappé à sa pesanteur, comme si l'on s'était délivré du courant et élevé au-dessus de lui pour le regarder couler, préservé de son passage, extérieur à lui. Peut-être ce non-temps est-il celui qu'expérimentent les mystiques en extase, les visionnaires en transe. C'est en tout cas un retrait, qui conduit du côté du silence et de l'intériorité, vers un état de soi que l'on éprouve rarement. Il a quelque parenté avec la contemplation. Il incite à la gravité. Il autorise la sérénité. Celles-ci, on croit les reconnaître dans les attitudes des hommes et des femmes que Mihindou photogra phie et montre en négatif, à l'état de spectres.
Dans le monde de l'art actuel, les œuvres qui ont la capacité de rompre ainsi avec la précipitation, la consommation et le divertissement faciles sont très peu nombreuses.
Location:
Galerie Maïa Muller (Click here to get informations about Galerie Maïa Muller)
19, rue Chapon
75003 Paris
M° Rambuteau, Arts et Métiers
France
Phone : +33 (0)9 83 56 66 60
Mobile : +33 (0)6 68 70 97 19
Mail : contact@galeriemaiamuller.com
Twitter account : galeriemaiamull
Instagram account : galerie_maia_muller
Internet Site : www.galeriemaiamuller.com

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Date: Saturday, November 16, 2013
Time: 16:00-21:00 CET
Duration: 5 hours
Category: Art & exhibition opening*
Number of times displayed: 1358

 



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