Vernissage de Maya Benkelaya "Grip"

Tuesday, February 4, 2014 18:00-21:00 CET




Description:
du mardi 4 février au samedi 15 mars 2014
du mardi au samedi de 14h30 à 18h30
fermé les mardi 18 et 25 février

vernissage mardi 4 février 2014 de 18h à 21h

Vernissage de Maya Benkelaya "Grip"

Maya Benkelaya - Peau à peau *
Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre. Roland Barthes[1]

Née en Algérie en 1980, Maya Benkelaya a été formée à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Ses œuvres - dessins et sculptures -mettent en scène le corps humain, mais en ne le faisant jamais figurer explicitement, procédant plutôt par allusions ou par métaphores. Elle use ainsi de subterfuges transposant l'anatomie dans des formes improbables, absurdes ou inconfortables, mais toujours identifiables. Peut-être peut-on y voir une façon de contourner l'interdit de la figuration des êtres vivants dans la tradition islamique[2]. Ce refus de la représentation directe n'exclut pas une forme de voluptueuse sensualité, faisant écho au propos de Marguerite Yourcenar : « Qu'est la volupté elle-même, sinon un moment d'attention passionnée au corps ? »[3]
Plus encore qu'au corps, c'est à sa frontière avec le monde extérieur, à la peau, que l'artiste porte son attention la plus passionnée. Le latex est un de ses matériaux de prédilection. Il peut se répandre au sol, comme une flaque délimitée par une fragile bordure, pendre au mur en lanières sages ou déchiquetées, constituer des torsades en forme de tresses. Il est souvent accompagné de boutons pression pour souligner le fait qu'il s'agit bien d'un matériau qui a pour vocation de se refermer, de mouler pour mieux envelopper[4]. Mais cet enfermement suggéré n'a rien d'un emprisonnement. On dirait que Maya Benkelaya veut prendre le contre-pied de Schopenhauer quand il déclare : « Chacun est enfermé dans sa conscience comme dans sa peau.»[5] Au contraire, ses œuvres délivrent l'imagination et la conscience qui, libérées de toute représentation trop explicite, peuvent s'égarer dans des chemins non balisés qui n'ont rien de contraint ou de prédéfini. On pense à l'expression «Esclave de corps, d'esprit libre ».[6] de Sophocle. Et c'est bien de cela qu'il est question. La peau, telle une mue, est restée sur place. Son habitant s'est échappé, a pris une liberté que le spectateur est libre d'imaginer comme il l'entend.
Que dire de ces dépouilles qui nous interpellent comme seuls témoins de probables mauvais traitements : écorchements renvoyant à Marsyas ou à saint Barthélemy, tortures individuelles comme dans La colonie pénitentiaire de Kafka, lacérations sadiennes, raffinements cruels et voluptueux dignes du Jardin des supplices de Mirbeau... ? Elles renvoient à une réflexion sur la précarité de l'écorce humaine. Ce point est corroboré par le fréquent recours de l'artiste à des équipements médicaux, orthopédiques ou sportifs rendus presque anodins par leur transformation en thèmes de contemplations esthétiques. Ils sont multipliés, assemblés, déformés, étirés pour créer des objets ou des installations qui forcent le regardeur à repenser le rapport de son propre corps avec le monde environnant. Les sentiments se bousculent, s'entrechoquent et se contredisent : contrainte, obstacle, abandon, résignation, libération, souffrance... Mais, comme le soulignait Shakespeare : « Plus le corps est faible, plus la pensée agit fortement. »[7]
Une des caractéristiques essentielles de la peau est sa semi-perméabilité. Maya Benkelaya la met en évidence dans ses dessins qui se présentent, le plus souvent, comme des assemblages frontaux de surfaces opaques partiellement ajourées, à des tissages, à des cuirs corroyés ou à des damasquinures. On pense inévitablement au travail artisanal de l'art populaire kabyle, à ses poteries peintes - les ikoufans -, à ses peintures murales, à ses bijoux et à ses tatouages, subsistance d'une lointaine écriture primitive remplie de symboles sexuels. Ces dessins arrêtent le regard tout en ménageant des sorties, vers le fond de la feuille, sorties sans issue. Ils se laissent pénétrer par l'œil, mais le captivent, le capturent et l'empêchent d'en ressortir, incitant à une certaine forme de voyeurisme. Ils se comportent ainsi comme des moucharabieh[8], surfaces semi-perméables et asymétriques par excellence - voir sans être vu -, variantes des vitres sans tain, alimentant bien des fantasmes voyeuristes repris, notamment, par Duchamp dans son Étant donnés : 1° la chute d'eau 2° le gaz d'éclairage...
Louis Doucet, janvier 2014
* Texte de présentation de l'exposition de Maya Benkelaya à la Galerie du Haut-Pavé, du 4 février au 15 mars 2014 .
[1] In Fragments d'un discours amoureux.
[2] De façon assez curieuse pour une tradition aussi forte, ni le Coran ni les hadîths ne sont précis sur ce point. L'interdit se rattache à la tradition judaïque de proscription des idoles, telle qu'exprimée dans l'Ancien Testament : « Tu ne feras point d'image taillée ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. », Exode XX.4.
[3] In Mémoires d'Hadrien.
[4] Le latex a ses fétichistes. Les combinaisons moulantes en latex empêchent la respiration de la peau et provoquent un sentiment d'apesanteur, de protection quasi fœtale.
[5] In Aphorismes sur la sagesse dans la vie.
[6] Fragments, l. 677.
[7] In Hamlet.
[8] Noter l'étymologie de ce mot qui vient de l'arabe مشربة (mišraba) désignant une cruche, encore une enveloppe quelque peu poreuse protégeant un contenu désirable.

Vernissage de Maya Benkelaya "Grip"
Sans titre, 2013
Feutre sur papier, 60 x 45 cm

FORMATION
2006 DNSAP Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.
2004 Maîtrise d'Arts Plastiques (Poétique de l'inférieur, de l'inutile et de la honte) à l'Université Paris 8.

EXPOSITIONS
2013 Transgression, Proposition de Judith Guibert, Le 6B, Saint-Denis.
2012 Dessin(s), carte blanche à Annick et Louis Doucet, Commanderie des templiers de la . Villedieu, Saint-quentin-en-Yvelynes.
2011 Serendip (trois), carte blanche à Anne Rochette, Galerie du Haut-Pavé, Paris.
Dépeindre, proposition de Kurt-forever et Chamalot - Résidence d'artistes, Le 6B, Saint-Denis.
2010 A fleur de peau, sous la direction de Laure Salmona, les Aliberts, Martiel.
2009 Accomodation, sous la direction d'Audrey Cottin, HISK, Gand, Belgique.
2008 Première vue 7e édition, commissaire: Michel Nuridsany, Passage de Retz, Paris.
2007 Tea Time, sous la direction de Caroline Pradal, La Générale en Manufacture, Sèvres.
2006 Attentifs ensemble, sous la direction de Christian Bernard, Espace d'arts contemporains d'Attitudes, Genève, Suisse.
2004 Possibilités limitées, sous la direction d'Erwin Wurm, Ecole supérieure des Beaux-arts, Montpellier.
2003 Begrenzte Möglichkeiten, commissaire: Erwin Wurm, Heiligenkreuzerhof, Vienne, Autriche.
2002 Le dîner Bleu, sous la direction de Art Orienté Objet, Université Paris 8, Saint-Denis.

PUBLICATIONS
2011 Dépeindre, catalogue de l'exposition, Kurt-forever et Chamalot, p.6-9, Paris.
2010 Recette soustraite, Acid Cheese Corporation, Les passagers de la nuit, France Culture.
2008 Première vue, catalogue de l'exposition, 7e édition, passage de Retz, p.1, Paris.
2007 Diplômés 2006, Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, p.26-27, Paris.
2006 Attentifs ensemble, Le journal n° 26, Attitudes p. 4-5, 32-33, Genève.
Location:
Galerie du Haut-Pavé (Click here to get informations about Galerie du Haut-Pavé)
3, quai de Montebello
75005 Paris
M° Maubert - Mutualité, Saint-Michel
France
Phone : +33 (0)1 43 54 58 79
Mail : contact@haut-pave.org
Internet Site : www.haut-pave.org

Open the map in a new tab
Date: Tuesday, February 4, 2014
Time: 18:00-21:00 CET
Duration: 3 hours
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Maya Benkelaya
Number of times displayed: 815

 



Investigations et photos
Abecedaire Parisien - Agenda - A propos - Contact

Agence Germain Pire tm - Investigation - Photo Hype - Renseignement de la nuit - © 2005-2018 - Tous droits réservés