Vernissage de Vincent Chenut

Thursday, September 11, 2014 18:30-21:00 CEST




Description:
Vernissage jeudi 11 septembre 2014, 18h30
Exposition du 12 septembre au 08 novembre 2014

Texte de Marie Cantos, critique d'art et commissaire d'exposition

Vincent Chenut. Profession ? Gratte-papier. L'artiste œuvre, en effet, dans le secret des fibres de ce papier dont il révèle les potentialités en tant que médium et non plus seulement support. Tout en s'inscrivant pleinement dans une histoire de l'art qu'il revendique et à laquelle il fait régulièrement référence de manière plus ou moins explicite[1], il adopte un mode opératoire singulier : le peeling du dessin, au propre et au figuré.

Pour sa première exposition personnelle à l'espace-galerie de la Plateforme de Création | PapelArt, Vincent Chenut présente une installation in situ de papier peint gratté ainsi qu'un ensemble de Compositions récentes.
Tout comme les Écorchés, les Compositions appartiennent à ce que l'artiste nomme les « papiers soulevés », les distinguant des dessins élaborés par grattage (gravure) d'une part et par frottage (effacement) d'autre part. Mais contrairement à Séparation (2013)[2] que certains visiteurs auront également pu admirer dans l'exposition Anatomie du dessin, les Compositions se jouent dans un subtil équilibre entre contrainte et agencement. Les premières œuvres de la série ne dissimulent pas leur élaboration protocolaire. Ainsi de Compositions 2 et 3 où l'artiste trace une diagonale, détache la couche supérieure du papier pigmenté, soulève et rabat, créant une nouvelle diagonale, et ainsi de suite.
Les autres Compositions, aux rendus extrêmement variés, n'observent qu'une seule règle du jeu : souligner chaque soulèvement de papier par l'usage de pigments colorés, silhouettant le morceau de feuille partiellement détaché ou colorant l'une de ses faces ensuite rabattues. Creusant toujours plus son sujet, Vincent Chenut s'attèle désormais au revers de la feuille. Émincée, fragilisée, celle-ci offre une transparence qui autorise à l'artiste des manipulations dignes d'un peintre : jouer des couches et des superpositions de couleurs comme des glacis de papier. Au dos, une couleur peut alors devenir le fond sur lequel sera repositionné un morceau soulevé d'une couleur différente.

Dans la vitrine de l'espace-galerie, l'artiste se livre à une nouvelle intervention sur papier peint. Pour ce faire, il en recouvre de plusieurs couches la surface sur laquelle s'inscrira le mural, faisant basculer la portion de mur dans la sphère du domestique ; puis, armé de gouges et autres pointes, il grave le dessin choisi : le redoublement de l'espace où il œuvre (comme au Bon Marché Rive gauche, à Paris[3]) voire son prolongement en trompe-l'œil (comme au Musée d'Ixelles, à Bruxelles[4]). Ici, une vue de l'espace d'exposition tel qu'on l'apercevrait si l'on se postait à l'endroit du mural - une vue que les visiteurs de la galerie n'ont encore jamais pu apprécier, le mur de la vitrine l'obstruant depuis toujours.
Si ses effacements par frottage évoquent d'emblée le palimpseste[5], la gravure sur mur des installations in situ s'apparente davantage à une étrange entreprise de fouille, de mise au jour d'images enfouies dans les murs. Vincent Chenut effeuille l'espace-temps, stratigraphie la matière. L'une des premières interventions de la série par exemple - qui occupait tous les murs d'une pièce, comme une plongée dans un univers mental - représentait la chambre d'adolescent de l'artiste tout en revoyant à celle de Van Gogh à Arles (Ma chambre, 2009).
Comme le palimpseste sert métaphoriquement l'évocation du processus mémoriel (comment retenir sans oublier un peu, comment vivre sans oublier davantage ?), l'apparition par grattage - lente et laborieuse - sert celle du processus de recollection. Peu à peu, les souvenirs du lieu affleurent à la surface du mur. L'image du palais de mémoire[6] se forme.

À travers ses œuvres, Vincent Chenut réactualise la question de la représentation (à travers la figuration comme l'abstraction). Comment rendre compte de l'épaisseur des choses ? Comment matérialiser le feuilletage infini de l'existant (tissus humains, strates géologiques, etc.) ? Il y répond en partie : en faisant œuvre de destruction. Comme l'enfant casse son jouet pour en voir le mécanisme intérieur[7], comme le légiste autopsie un corps pour en percer les secrets. Parce que, pour connaître, il faut d'abord ouvrir, et regarder ce qu'il y a à l'intérieur : « Ce n'est pas dans la glace qu'il faut se considérer, notait Henri Michaux. Hommes, regardez-vous dans le papier[8]. »

[1] Vincent Chenut cite Raymond Hains et Jacques Villeglé dans ses notes d'intention, s'essaie au frottage comme Max Ernst, emprunte à Vincent Van Gogh sa touche appuyée et tournoyante, s'inspire des natures mortes de Jean Siméon Chardin, participe aux Wall Drawings de l'exposition Sol LeWitt : Pyramids en 2012 à la galerie Marian Goodman (Paris), etc.
[2] L'installation, très impressionnante, consistait en une grande feuille de papier (400 x 260 cm) accrochée au mur et séparée dans son épaisseur (sa fine épaisseur) en deux couches, l'une se détachant du support auquel elle restait attachée en un drapé ondulant au passage du public.
[3] Présentée en 2014 dans l'espace d'exposition du Bon Marché L'Entrée sur l'art contemporain, la vaste installation (de plus de trois mètres de haut sur près de dix mètres de long) ressemblait, de loin, à une fresque toscane délavée par le temps, impactée par des lacunes dans la couche picturale.
[4] Dans le cadre de son exposition personnelle Archéologie, en 2013.
[5] Les palimpsestes (du grec ancien palimpsêstos, « gratté de nouveau ») sont ces manuscrits que les moines copistes du Moyen Âge détrempaient ou, la plupart du temps, ponçaient afin de pouvoir à nouveau écrire dessus, le parchemin coûtant alors fort cher. Notons qu'à l'aune des relations transtextuelles définies par Jean Genette dans son ouvrage Palimpsestes (Paris, Le Seuil, coll. « Poétique », 1982), les renvois que Vincent Chenut opère constamment vers d'autres artistes, d'autres œuvres ne sont que plus pertinents.
[6] Dans l'« Art de mémoire », également appelé « Méthode des lieux », une mnémotechnique datant de l'Antiquité et enseignée durant des siècles dans les universités aux orateurs, les palais de mémoire permettaient de mémoriser rapidement de longs discours par spatialisation d'images-souvenirs : inlassablement récité sur un même parcours, un discours revenait facilement à celui qui refaisait à nouveau, en pensées, ledit parcours.
[7] Lire à ce propos le texte de Charles Baudelaire : « Morale du joujou » (1853), in Œuvres complètes, tome 1, Paris, Gallimard, 1975.
[8] Henri Michaux, Passages, Paris, Gallimard, 1950, p. 90.




Vincent Chenut, vit et travaille à Bruxelles. Diplômé de l'ENSAV La Cambre en 2011, il a été, depuis, résident de plusieurs lieux d'art contemporain et lauréat de nombreux prix, dont celui des collectionneurs de SLICK ART FAIR, en octobre 2013. Il est représenté par les galeries PapelArt à Paris et Archiraar à Bruxelles.

Mai 2014 - L'entrée sur l'art contemporain :
Oeuvre réalisée in situ,
Le Bon Marché, Paris

Janvier 2014 - galerie Archiraar :
Exposition personnelle,
Bruxelles, Belgique

***Oct. 2013 - SLICK ART FAIR :
Lauréat du prix des collectionneurs
(Galerie Archiraar, Bruxelles)

Oct. 2013 - CENTRE DE LA TAPISSERIE, DES ARTS MURAUX ET DES ARTS DU TISSU:
Exposition de fin de résidence,
Tournai, Belgique

Mars / avril 2013 - MUSÉE D'IXELLES :
Anatomie du dessin,
Exposition personnelle,
Bruxelles, Belgique

Oct. 2013 - CONTEMPORARY ART MEETING POINT:
Back to Athens,
Exposition collective,
Athènes, Grèce

***2013 - ISELP :
Lauréat du prix Pause-publique avec l'artiste Alberto Ginepro,
Bruxelles, Belgique

***2012 :
Lauréat du prix Marie-Louise Rousseau,
Intervention dans le parc d'Egmont
Bruxelles, Belgique

***2012 - CENTRE DE LA TAPISSERIE, DES ARTS MURAUX ET DES ARTS DU TISSU: Lauréat de la bourse de recherche & d'expérimentation
Tournai, Belgique

2011 - LA FABRIQUE :
Printemps de septembre,
Toulouse, France

***2011 :
Lauréat du prix de la Fondation du carrefour des Arts,
Galerie Färber,
Bruxelles, Belgique

Actu / à venir :

Juin/août 2014 : DESTINATIONS IMPROBABLES, avec Alberto Ginepro, Exposition-parcours en ville, La Louvrière, Belgique
Octobre 2014 : YIA ART FAIR, Paris, PapelArt, galerie
Octobre / novembre 2014 : Résidence d'artiste à l'ISELP, Belgique

Vernissage de Vincent Chenut
Location:
PapelArt (Click here to get informations about PapelArt)
Galerie / Éditions / Studio graphique
1, rue Charlemagne
75004 Paris
M° Saint-Paul, Pont Marie
France
Mail : marie-lou.lize@papel-art.com
Internet Site : www.papel-art.com

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Date: Thursday, September 11, 2014
Time: 18:30-21:00 CEST
Duration: 2 hours 30 minutes
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Vincent Chenut
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