Vernissage d'Alma Sarmiento

Thursday, September 3, 2015 18:30 CEST




Description:
Le futur est déjà là.
Simplement il n'est pas distribué de façon homogène.*


Alma Sarmiento est une artiste plasticienne née à Bogotá.
A travers ses collages, c'est à la question du temps qu'elle essaie de répondre.
Pour sometimeStudio elle a construit une machine à faire des voyages immobiles dans l'espace et dans le temps.

Exposition en vitrine du 3 au 27 septembre 2015
Vernissage le jeudi 3 septembre à partir de 18h30

Collage Vitrine

Il y a des images qui voyagent à travers des espaces et des temps hétérogènes et peuvent se retrouver dans un substrat commun. Tout d'un coup, une image arrive et dit à une autre : « viens jouer avec moi », ou « faisons l'amour », ou « cassons-nous plutôt la gueule avec le pied de nos tables1 ». Et quand deux, ou plusieurs, ou une infinités d'images jouent ensemble, on pourrait appeler cela un collage, n'est-ce pas ? Dans le collage tous ces temps, ces espaces, toutes ces couches d'images se conjuguent dans une grammaire commune. Un langage inédit se déplie. C'est un langage qui peut hurler par exemple, ou qui peut chanter, ou miauler, c'est-à-dire, c'est un langage qui enfante une grammaire un peu animalière.
Le substrat commun de ces images et de cette grammaire organise une sorte de niche et fait surgir quelque chose comme une schizophrénie innocente. C'est comme si le désordre qui réunit ces images-là les utilisait pour découvrir un ordre totalement inefficace, inutile si l'on veut, mais qui, en même temps, devient un ordre délibéré, têtu, humoristiquement inhomogène. Alors, la « nouveauté » de cette schizophrénie naïve lance une possibilité dans cette grammaire. Cela se rapproche en quelque sorte de la littérature tralfamadorienne, telle que décrite par Kurt Vonnegut dans son roman Abattoir 5. Il s'agit d'un assemblage de signes qui constituent « un message court et impérieux, décrivent une situation, une scène. Les messages ne sont enchaînés par aucun lien spécial mais l'auteur les a choisis avec soin afin que, considérés en bloc, ils donnent une image de la vie à la fois belle, surprenante et profonde. Il n'y a ni commencement, ni milieu ni fin. Pas de suspense, de morale, de cause ni d'effet. Ce qui nous séduit dans nos livres, dit un tralfamadorien, c'est le relief de tant de merveilleux moments appréhendés simultanément2 ».
Peut-être avons-nous là un point commun avec les images lenticulaires, celles communément appelées « en 3D ». Il s'agit globalement d'images en 2D qui assemblent divers éléments d'un ou plusieurs temps et espaces, et créent des illusions de profondeur ou de mouvement. L'image bouge, mais elle ne va nulle part, et elle ne bouge pas « seule » : soit la personne qui la regarde la prend entre ses mains et la bouge, soit la personne doit se déplacer un peu face à l'image afin de lui donner vie. Il y a donc comme une danse, ou à nouveau, une invitation à jouer. Il y a aussi l'effet de profondeur entre des éléments de l'image, qui ballonnent comme des reliefs qu'on a envie de toucher et de traverser. Mais nous savons qu'image veut dire aussi « fantôme », et dans le cas des images lenticulaires, c'est comme si ce fantôme nous faisait une blague et nous disait : « regardez, je suis un fantôme et ce que j'aime bien c'est danser ».
Les images que je montre dans la vitrine de sometimeStudio3 portent des éléments appartenant à une architecture contemporaine, réalisée par des Aymaras de la ville El Alto en Bolivie. Le peuple amérindien Aymara a une conception du temps fondamentalement opposée à la nôtre : le futur est situé derrière eux, et le passé, devant. Voilà une sorte d'utopie uchronique, immaculée, pleine de joie et de possibilités. Ainsi le titre de l'exposition est une sorte de phrase-pont entre le temps aymara et nous : « Le futur est déjà là ; simplement il n'est pas distribué de façon homogène4 ».
L'image lenticulaire et le collage solidarisent. Ces deux moyens partagent le fait d'être des machines pour voyager dans le temps et faire des parcours immobiles dans l'espace. Le
passé peut se trouver effectivement devant nos yeux. Le futur derrière. Et le présent peut errer.

1 Gustave Flaubert, OEuvres complètes, Tome 13, Correspondance 1850 - 1859, Paris, Club de l'Honnête homme, 1974, p. 53.
2 Kurt Vonnegut, ABATTOIR 5 ou la croisade des enfants, traduit de l'américain par Lucienne Lotringer, Paris, Éditions du Seuil, 1971, p. 82.
3 L'une est une reproduction d'un collage, et l'autre est une partie de ce collage imprimée en lenticulaire.
4 William Gibson cité par Élie During dans son livre Le futur n'existe pas: rétrotypes, Paris, Éditions B42, 2014, p. 47.

Vernissage d'Alma Sarmiento
Location:
sometimeStudio (Click here to get informations about sometimeStudio)
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26, rue Saint-Claude
75003 Paris
M° Saint-Sébastien - Froissart, Saint-Paul
France
Phone : +33 (0)9 51 07 13 74
Mail : contact@sometimestudio.org
Twitter account : sometimeStudio
Internet Site : www.sometimestudio.org

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Date: Thursday, September 3, 2015
Time: 18:30 CEST
Category: Art & exhibition opening*
Keywords / Tags: Alma Sarmiento
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