Vernissage de l'exposition collective "PAPEL PAPEL III"

Saturday, March 17, 2018 15:00-20:00 CET




Description:
Exposition du 17 mars au 14 avril 2018
Vernissage samedi 17 mars à partir de 15 heures

Le dessin est encore à l'honneur à la galerie Bernard Jordan lors de cette troisième manifestation de Papel Papel, une exposition réunissant plus de cinquante œuvres sur papier d'une quinzaine d'artistes. Les œuvres révèlent toutes une passion indéniable pour une certaine tradition picturale, tout en affirmant des personnalités graphiques fortes. Pour la plupart des artistes, le dessin constitue une partie essentielle, sinon la totalité, de leur pratique. Il est évident que chacun se réjouit du contact de la main au papier, se régale du maniement du crayon ou du fusain, du stylo ou du pinceau. L'intimité des formats - la majorité des œuvres n'est pas plus grande qu'une feuille A4 - donne l'impression que les artistes nous ont ouvert leurs carnets de croquis ; ils dévoilent le cheminement de leur réflexion visuelle, nous invitant à suivre leur main et leur regard sur la surface du papier.

La notion de voyager dans le trait est évoqué par Paul van der Eerden lors d'une discussion sur sa prédilection pour les œuvres qui montrent une certaine maladresse, permettant de ressentir la main de l'artiste : « Devant un dessin, on a la possibilité de suivre ce qui s'est passé. On peut imaginer que l'artiste l'a commencé à tel endroit plutôt qu'à tel autre et se demander ce que l'on aurait fait ensuite soi-même. [...] Un début suppose une fin, et c'est ce parcours que j'essaie systématiquement de découvrir en observant un dessin. » Les dessins de Peter Hauenschild invitent tout particulièrement à cette promenade du regard. L'œil arpente la feuille, s'accroche aux traits noirs crus et décisifs qui charpentent l'espace pictural. Depuis plusieurs années, l'artiste se rend au pied de la Montagne Sainte-Victoire où il travaille du matin au soir ; il contemple les variations de la lumière, escalade la paroi accidentée avec son crayon à fusain. « Parfois, mon crayon prend la fuite, dit-il. La montagne et le crayon se parlent. Je ne peux qu'écouter avec étonnement.* » Nous grimpons dans le relief du paysage avec l'artiste, suivant de nos yeux les traits qui racontent le processus d'observation.
* Cité dans : http://2015.viennaartweek.at/en/program/79.html / Traduction de l'auteur.

En parcourant les dessins de la série Deux Temps d'Etienne Pressager, le regard s'emmêle dans les traits qui ressemblent à des écritures illisibles. L'artiste commence ses dessins par un gribouillage rapide au crayon noir sur la feuille. Ensuite, avec minutie et patience, il recouvre une partie des traits avec de la gouache blanche, comme l'écrivain qui corrige et remanie sa première jetée à l'aide du Tipp-Ex, apportant des nuances plus subtiles à ses phrases. Ce recouvrement partiel crée de la profondeur, enrichit la matérialité du dessin. En bas de chaque œuvre, l'artiste inscrit la durée exacte des deux étapes, le premier au crayon, le deuxième à la gouache ; par exemple : 17h43/17h44-17h45/19h00. Les traits enregistrent le passage du temps, transcrivent l'acte même de dessiner.

Les gouaches de Philippe Richard nous plongent elles aussi dans une réflexion sur le temps autant que sur l'espace et la couleur. Si les dessins d'Etienne Pressager occupent le milieu de la feuille comme un texte manuscrit ou un poème, les peintures sur papier de Philippe Richard débordent et repoussent les limites de l'espace pictural. Composées de couches successives de couleur, ces œuvres peuvent suggérer autant le grouillement d'un monde cellulaire que l'expansion infinie de l'espace. Cet espace insaisissable de peinture semble néanmoins arraché d'un carnet de croquis, contenu dans un double feuillet ouvert. De part et d'autre de la rangée de trous percés au milieu de la feuille se déploient des motifs - des points, des cercles, des réseaux de lignes - qui se répondent et qui crée une tension spatiale entre les deux moitiés de l'œuvre. La présence crue, palpable des couleurs superposées met en évidence la fabrication même de l'œuvre, invitant le spectateur à remonter le temps de la création par le biais du regard.

Tenter de suivre la main d'Odile Maarek entraîne l'œil dans les méandres d'un véritable pelage de traits noirs. Le temps du travail, le temps du regard sont au ralenti. La série Brueghel comprend plusieurs dessins au feutre d'une texture somptueuse. Au lieu de dessiner sur une feuille blanche, l'artiste se sert d'anciennes reproductions en noir et blanc des tableaux de Brueghel. Petit à petit, elle recouvre l'image imprimée, l'enveloppant d'un dense et fourmillant tissage de traits pour en faire émerger une nouvelle image. En nous approchant du dessin, le regard est attiré par les plis et les crevasses, se promène autour des orifices. Devant ces œuvres, nous pouvons ressentir la présence de quelques traces fantomatiques du tableau sous-jacent, nous ramenant au commencement du dessin et à imaginer sa lente élaboration.

L'art ancien, tout autant que les arts premiers, l'art brut et la bande dessinée sont des sources d'inspiration importantes pour les artistes dans cette exposition. Leur intérêt pour l'histoire de l'art impulse leur pratique, mène à une exploration des liens entre les œuvres du passé et celles de l'époque contemporaine. Une gravure représentant La Descente de Croix de Rubens, trouvée aux puces, est à l'origine d'une série de monotypes de Tito Honegger. Frappée par la composition de Rubens, par l'empilement sculptural des corps, l'artiste a redessiné le tableau, cherchant dans l'encre avec les bouts de ses doigts les formes à la fois très construites et sensuelles d'une humanité en cascade. Ces entassements de chair, sculptés dans une mince couche d'encre noire, font appel aux œuvres en céramique et aux dessins d'Elmar Trenkwalder. Ses sculptures architecturales, qui peuvent nous rappeler l'art Baroque autant que le Palais Idéal du Facteur Cheval, expriment une sensualité débordante. Leur apparence ornementale se créée par la prolifération kaléidoscopique de formes phalliques et vulvaires, qui s'emboîtent et se déploient dans une sorte d'unification idéale du masculin et du féminin. Dans ses dessins, l'artiste explore un espace tactile. Des traits sinueux au crayon reprennent les formes des sculptures, ou décrivent des paysages oniriques dans lesquels les énergies sexuelles et créatrices se fusionnent.

Les dessins à l'aquarelle de François Bouillon nous font remonter encore plus loin dans l'histoire, non seulement dans l'histoire de l'art mais dans celle des civilisations humaines. Passionné d'ethnologie et collectionneur d'art africain, il reprend dans ses œuvres des formes et des signes archétypaux provenant des cultures les plus diverses. Masques, sexes, symboles à la fois familiers et énigmatiques, tels que le triangle, la croix ou l'Y, sont tous tracés au pinceau, aux couleurs de la chair et de la terre. Chargés de significations multiples, ils font appel à nos émotions profondes, cherchent à relier le monde réel, extérieur, avec celui de l'inconscient. Dans plusieurs dessins, les signes du masculin et du féminin se mêlent ou s'entrecroisent, animés de quelques gouttes de peinture rouge. Si l'imagination est un pays ou il pleut**, comme l'écrit Camille Saint-Jacques, ce sont les gouttes de la vie qui y tombent, impulsant à l'artiste le désir de lui donner une forme visible.
**L'imagination est un pays où il pleut, François Bouillon, Camille Saint-Jacques, Éditions La Pionnière, 2014

L'appréciation de l'art brut et de la bande dessinée se retrouve dans les dessins d'Alexandre Léger, de Paul van der Eerden et de Ronald Cornelissen. Fasciné par les liens possibles entre texte et image, Alexandre Léger se sert des pages de vieux cahiers scolaires comme support. Des leçons manuscrites, soigneusement recopiées, des colonnes de chiffres et même des gribouillages constituent le fond de ses dessins et le tremplin de son imaginaire poétique. Il choisit des bouts de phrases ou des mots et les intègre dans ses dessins, les combinant avec des fragments de paysage, des croquis anatomiques ou des motifs géométriques. Certains mots sont redessinés et agrandis pour créer un impact émotionnel et visuel, nous incitant à considérer non seulement le lien entre texte et image, mais l'idée du texte en tant qu'image.

Quant à Paul van der Eerden, il cultive dans son travail ce que l'on peut nommer une forme de maladresse graphique très personnelle. Ses dessins aux apparences naïves mettent en scène des personnages schématisés qui se transforment d'une œuvre à l'autre pour incarner la gamme complète de pulsions, de fantasmes et d'obsessions humains. C'est toute la comédie humaine qui se déploie sous son crayon, sans cesse renouvelée par l'infini des possibles du trait, de la texture et de la couleur. Ronald Cornelissen s'exprime lui aussi sur la complexité des relations humaines et les absurdités de la vie. Une énergie crue et violente, mais nuancée d'humour se révèle dans ses dessins cacophoniques. Des coulures d'encre, des traits griffonnés, des taches d'aquarelle et des espaces vides d'une blancheur qui heurte le regard, créent une atmosphère de malaise dans laquelle des personnages caricaturés ou empruntés à la bande dessinée poursuivent leurs activités ignobles ou destructrices. La combinaison de plusieurs approches du dessin dans chaque œuvre constitue un commentaire visuel saisissant sur la guerre, le pouvoir, la sexualité, la destruction et la solitude.

La comédie humaine se joue autrement dans les œuvres de Daniel Nadaud. Dessinées aux traits fins, joliment coloriées comme de belles illustrations dans les livres pour enfants, elles offrent une vision percutante de la nature humaine et de l'état de notre monde. Inspirés par un documentaire sur la trépanation, les dessins de la série Les Écervelés nous tendent le miroir, dévoilent avec humour notre véritable nature animale en nous montrant que « tout est dans la tête. » Dans Certitudes, dites-vous, un dessin de la série La Fée électricité manque d'éclairage, des personnages historiques- Nixon, Mao, Lénine, Staline - sèment la mort autour de deux ampoules gigantesques. Des rats, des vers et des insectes, des armes miniatures et des crânes de soldats grouillent à leurs pieds squelettiques. « Dans ces dessins, le pire fraternise avec le délice, dit l'artiste. L'humour allège la terreur ; l'absurdité devient structure. » La présence discrète des portraits de Pouchkine et Dostoïevski tout en bas de la feuille suggère que l'esprit poétique offre, peut-être, une lueur d'espoir.

Ina van Zyl prend une autre approche de la représentation de la nature et de la nature humaine. Ses dessins au fusain, aux surfaces riches et veloutées, montrent des gros plans sur des parties du corps, des portraits ou des fleurs, qui rappellent sa pratique de la bande dessinée au début de sa carrière. Enveloppés d'une charge émotionnelle intense, ces dessins captent des gestes ou des expressions qui nous semblent à la fois familiers et énigmatiques. En contemplant Claudette, ce grand portrait d'un noir onctueux, ou devant cette étude d'une main tenant une cigarette, nous ressentons la présence saisissante des fragments d'une histoire sans suite. Les œuvres d'Erich Gruber sont investies elles aussi d'une certaine intemporalité, notamment ses dessins d'animaux réalisés au Musée d'histoire naturelle de Salzbourg, ou ses portraits d'enfants, tel que Girl 4 exposé ici. Étrangement anthropomorphes, les têtes d'animaux nous interpellent ; elles semblent émerger du fond du support, à peine suggérées par les couches de lavis et les traits au crayon. Nous pouvons ressentir cette même tension entre l'apparition de la forme et sa disparition dans le portrait de jeune fille. Gris et flou comme une vieille photographie abîmée par le temps, chargé de souvenirs inconnaissables, le dessin invite à la réminiscence. Seuls les yeux de la jeune fille maintiennent une présence constante, fixant le regard du spectateur.

L'inscription du passage du temps n'est pas absente de ma propre pratique. Dans mes dessins, je scrute le corps, je le morcelle, je l'agrandis. Je réinvente comment je le vois, le mien ou celui de mes proches, par une accumulation dense de traits au graphite. Le processus est long et méditatif ; il se peut que le passage des lignes en graphite en couches ait plus de rapport au passage du temps qu'au marquage réel du support. Mon penchant pour la ligne incisée provient sans doute de mon expérience de la gravure en taille douce, mais également de ma pratique de l'écriture. En maniant mon crayon sur la surface du papier, je décris et invente des événements épidermiques intimes ; je raconte le dessin en train de se faire, tout en inscrivant la peau de sa propre histoire.

Diana Quinby

Vernissage de l'exposition collective "PAPEL PAPEL III"
Location:
Galerie Bernard Jordan (Click here to get informations about Galerie Bernard Jordan)
77, rue Charlot
75003 Paris
M° Filles du Calvaire, Temple, République
France
Phone : +33 (0)1 42 77 19 61
Mail : galerie.bernard.jordan@wanadoo.fr
Twitter account : galeriejordan
Instagram account : galeriebernardjordan
Internet Site : www.galeriebernardjordan.com

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Date: Saturday, March 17, 2018
Time: 15:00-20:00 CET
Duration: 5 hours
Category: Art & exhibition opening*
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